Expert associé à l’Institut Montaigne, ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy à l’Élysée avant la crise des subprimes, Bertrand Martinot est l’auteur de « J’ai cotisé, j’y ai droit ! » (éditions Hermann), un livre très pédagogique sur la situation du système de retraite. Il a accordé un entretien à La Tribune.LA TRIBUNE. Ces dernières années, les retraités ont été préservés de la hausse des prix grâce à des revalorisations récurrentes — prévues par la loi — de leurs pensions. La situation des finances publiques impose-t-elle désormais de leur demander un effort ?
BERTRAND MARTINOT - Les finances publiques sont particulièrement dégradées. Le déficit pourrait franchir la barre des 6 % (environ 180 milliards d’euros) en 2027. Au regard de cette situation, la sous-indexation — et même la désindexation — des pensions de retraite de l’inflation pendant plusieurs années est inévitable. Soit un gouvernement le fera « à froid », soit elle nous sera imposée par nos créanciers « à chaud » sur fond de crise financière. C’est d’ailleurs ce que préconise le Comité de suivi des retraites (CSR) dans son avis rendu très récemment. Toutefois, il est toujours possible de protéger les petites pensions et de ne pas créer d’effets de seuil. La meilleure solution serait d’établir une tranche complètement préservée — les 1 000 premiers euros, par exemple, tous régimes confondus. La sous-indexation, voire la désindexation, s’appliquerait seulement pour la tranche supérieure.
La réforme Borne de 2023, suspendue à l’automne dernier, visait à relever l’âge légal de départ à 64 ans. Mais la question de l’âge crispe les Français, au point qu’un candidat à l’élection présidentielle, Gabriel Attal, propose de supprimer ce critère. Est-ce vraiment réalisable ?
Non, c’est une chimère ! Aucun pays européen qui applique un système de retraite par répartition n’a supprimé la référence à l’âge légal de départ. Et ce n’est évidemment pas un hasard. C’est difficile à entendre, mais pour que le système par répartition tourne, ce qui compte sur un plan financier, ce n’est pas ce qui a été cotisé durant les 30 dernières années — le fameux « J’ai cotisé, j’y ai droit ! » —, mais ce qui est cotisé aujourd’hui. Le système ne peut pas fonctionner sans cotisations aujourd’hui pour financer les pensions d’aujourd’hui ! C’est pour cela qu’il faut nécessairement fixer une ancre d’âge en deçà de laquelle il n’est pas possible de partir à la retraite.