2050 : Climat, dette, guerre, évasion fiscale… Combien ça va vraiment coûter ?

Si rien ne change, la situation de l'économie française ne fera que se dégrader d'ici 2050.
La Tribune

Si rien ne change, la situation de l'économie française ne fera que se dégrader d'ici 2050.
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Alors que les finances publiques de la France sont déjà dans le rouge, quel sera l’état économique du pays dans près d’un quart de siècle ? Une chose est sûre : si rien ne change, la situation ne fera que se dégrader.
À politique inchangée, c’est une explosion de la dette publique qui attend la France. Le ratio dette/produit intérieur brut (PIB) pourrait s’élever à 203 % d’ici à 2050, selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), contre 116 % en 2025.
Ce scénario du pire de l’organisation internationale apparaît presque souhaitable comparé à celui du Haut-Commissariat à la stratégie et au plan (HCSP). Sa projection la plus sombre voit la dette atteindre 245 % du PIB d’ici à 25 ans, soit plus du double d’aujourd’hui.
Les deux autres hypothèses de l’organisme français, meilleures mais néanmoins catastrophiques, tablent sur un déficit à 146 % ou 186 % du PIB.
Reste que ces projections ne sont pas immuables. Elles « comportent une forte part d’incertitude, car elles dépendent largement des hypothèses macroéconomiques retenues », écrivent les auteurs du rapport du HCSP.
Un avis partagé par l’OCDE qui indique que le pire pourrait être évité dans le cas où la France respecterait ses engagements budgétaires vis-à-vis de la Commission européenne – ce qui n’a toutefois rien d’évident. Dans ce cas, la dette publique se stabiliserait dès 2030 à 122 % du PIB et en resterait proche deux décennies plus tard (120 % en 2050).
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Mieux encore : si, en plus de respecter ses engagements européens, la France menait d’ambitieuses réformes structurelles, le ratio de dette pourrait descendre à 96,5 % du PIB en 2050. Un niveau qui n’a plus été atteint depuis début 2015.

+2,7°C : tel est le niveau de réchauffement qui attend la France hexagonale en 2050, selon Météo-France. Près de trois petits degrés de plus, aux conséquences loin d’être anodines. Concrètement, les vagues de chaleur seront cinq fois plus fréquentes, s'étirant de début juin à mi-septembre. Le risque d'incendie sera multiplié par deux en nombre de jours à risque élevé, et par quatre en surface brûlée. Les sécheresses des sols seront plus longues et plus intenses en raison d’une baisse de 10 % des cumuls de pluie l'été… Une liste d’effets non exhaustive.
Ces événements climatiques ont un poids socio-économique important pour le pays. Ils ont coûté 5,2 milliards d'euros en 2025, d’après les données de France Assureurs, la fédération française de l’assurance. Un montant dans la moyenne des années 2020-2025 (5,3 milliards d'euros), mais bien au-dessus de celui des périodes précédentes : 3,9 milliards d’euros entre 2010 et 2019, 2,7 milliards d'euros entre 1990 et 2009 ou encore 1,6 milliard d'euros entre 1982 et 1989.

Et la facture ne devrait pas s’arrêter de grimper. France Assureurs chiffre à 143 milliards d’euros les dégâts cumulés causés par les aléas naturels à horizon 2050. Soit le double comparé aux quelque 73,4 milliards d’euros de la période 1989-2019.
Cette projection, qui date pourtant seulement de 2021, est d’ailleurs presque obsolète : sur la période 2020-2023, le coût des sinistres climatiques pour les assureurs est déjà supérieur de 18 % aux estimations.
À cela s’ajoutent les conséquences directes de ces phénomènes sur l’activité économique : destructions d’infrastructures, perturbations de la production, baisse de la productivité… Ainsi, si les mêmes politiques continuent d’être appliquées, le réchauffement climatique va coûter 50 % du PIB d’ici à 2100, selon Adrien Bilal, meilleur jeune économiste français, soit six fois plus que ce que prédisaient jusqu’alors les modèles. Dit autrement : l’économie pourrait être deux fois plus petite que ce qu’elle aurait été sans réchauffement climatique.
La France s’est engagée, comme tous les autres membres de l’OTAN, à relever ses dépenses de défense dans les prochaines années. Elles doivent atteindre 3,5 % du PIB d’ici à 2035, avant de les maintenir à ce niveau au moins jusqu’à 2050, selon un rapport du Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan (HCSP).
La barre est haute puisque le niveau des dépenses de défense a représenté 2,04 % du PIB en 2025, selon les données de l’OTAN. C’est seulement 0,18 point de plus que onze ans plus tôt (1,82 % en 2014).
Un coup d’accélérateur a toutefois été récemment donné : l’organisation internationale estime que les dépenses de défense françaises représenteront 2,22 % du PIB cette année, soit également une progression de 0,18 point en à peine un an cette fois. Si ce rythme est maintenu sur la durée, l’objectif de 3,5 % serait même atteint avec un an d’avance sur l’objectif de 2035.

Ce sera possible au prix d’un effort financier important. D’après l’OTAN, les dépenses de défense de la France auront augmenté de 5 milliards d’euros en valeur entre 2025 et 2026 pour grappiller ces 0,18 point de PIB de plus.
Et pour arriver au seuil de 3,5 %, il faudra encore 36 milliards d’euros supplémentaires d’ici à 2035, hors inflation, d’après les calculs du HCSP. Puis 4 milliards de plus pour maintenir ce niveau jusqu’en 2050.
Face à l’augmentation à venir des dépenses, la lutte contre l’évasion fiscale pourrait permettre de remplir les caisses de l’État. Cette notion floue se situe entre l’optimisation fiscale (qui est légale) et la fraude fiscale (qui est illégale). On peut la définir comme l’ensemble des agissements des contribuables visant à se soustraire aux impôts, en profitant de la fiscalité plus favorable d'un autre pays où sont transférés des actifs ou des revenus.
Il n’y a pas de chiffrage officiel de l’évasion fiscale en France. Seulement des estimations d’associations et de syndicats, qui pointent un manque à gagner de 80 à 100 milliards d’euros par an. Une somme non négligeable : c’est peu ou prou la moitié du déficit public actuel – établi à 152,5 milliards d'euros en 2025.
À défaut de pouvoir chiffrer précisément l’évasion fiscale, la Cour des comptes préconise d’évaluer plutôt l’« écart fiscal », à savoir la différence entre les sommes attendues et celles effectivement perçues. Une notion qui inclut la fraude fiscale, mais aussi les erreurs commises de bonne foi par les contribuables et les aléas du recouvrement des impôts.
Reste que la France ne dispose pas d’une estimation globale et régulière de cet écart fiscal. Elle l’a seulement pour la TVA, dont le manque à gagner fiscal est estimé entre 6 et 10 milliards d'euros par l’administration fiscale.
En plus de récupérer le manque à gagner, la France devra changer ses habitudes. À l'horizon 2030, les efforts pour stabiliser la dette sont chiffrés à 100 milliards d’euros par l’OCDE. À plus long terme, sans plus de détails quant à l’échéance, c’est même 180 milliards d’euros qui seront nécessaires.
Il faudra pour cela réduire les dépenses, mais aussi, probablement, augmenter les recettes. À ce sujet, l’organisation internationale est catégorique : une hausse des impôts sera inévitable pour redresser les finances publiques.