Après l’échec du SCAF, Dassault Aviation pousse au développement d’un avion de combat de nouvelle génération. Alors que cette alternative franco-française pourrait être ouverte à d'autres partenaires, l’avionneur voudrait faire voler un démonstrateur dès 2031.
Pour Dassault Aviation, il y a déjà une vie après le SCAF, l'avion de combat du futur franco-allemand définitivement arrêté en juin dernier pour cause de mésentente avec Airbus. À l’occasion de la présentation des résultats semestriels de l’avionneur tricolore, mercredi 22 juillet, son patron, Éric Trappier, a évoqué la préparation « d’une alternative franco-française ». Avec de surcroît un calendrier ambitieux : le premier vol d’un démonstrateur, basé sur les besoins français, en 2031 ou 2032.
Dassault tente ainsi de rebondir après l’échec retentissant du SCAF. « La coopération avec Airbus sur l'avion de combat est derrière nous, c’est fini », a affirmé Eric Trappier. Et de poursuivre : « Nous préconisons un démonstrateur pour tester les compromis avant de figer le système opérationnel qui inclura forcément des drones et de l'intelligence artificielle ».
Dassault ouvert à d'autres partenaires
Le dirigeant a par ailleurs appelé à ne pas perdre de temps. « Il faut se jeter à l'eau maintenant pour ne pas subir les développements américains et pour maintenir les compétences industrielles, a poursuivi Eric Trappier. Il y a un temps pour tergiverser et un temps pour décider. » Le patron de Dassault s’inquiète en effet de ce que certaines compétences pourraient venir à manquer en cas d’atermoiements sur un tel projet, en particulier au niveau du système propulsif.
Malgré l’impossible entente avec Airbus, le patron de Dassault se dit « ouvert » quant à la participation d’éventuels partenaires dans le cadre du développement de ce futur avion. Et même des industriels non européens. « Personnellement, j’y suis favorable, a précisé Eric Trappier. Mais c'est à l'État de décider. Je constate que nos concurrents, comme le Tempest [aujourd'hui dénommé GCAP, ndlr] avec le Japon, le font déjà. » Et le dirigeant assure n’avoir aucun tabou sur le nombre de partenaires : « Nous avons fait le Neuron [démonstrateur de drone de combat furtif européen, ndlr] à six pays et cela a très bien marché. L'important est que la répartition soit claire. »
Des livraisons de Rafale décalées pour financer le standard F5
Avant le développement de ce possible futur avion de combat, Dassault Aviation s’attelle à celui du standard F5 du Rafale. Lequel devrait être opérationnel dès 2033. Avec une palette d’évolutions majeures, tels qu’un nouveau radar, un moteur plus puissant, de nouvelles capacités de combat collaboratif et d'interopérabilité, l'intégration de l'intelligence artificielle dans le cockpit pour aider les pilotes à gérer la multiplication des données en mission mais aussi l'emport de nouvelles armes, notamment pour la composante nucléaire aéroportée.
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Une modernisation poussée du Rafale qu’il faut toutefois parvenir à financer, malgré les restrictions budgétaires actuelles. L'État a ainsi demandé de décaler la livraison de 20 Rafale prévues entre 2031-2032 à 2033-2034, afin de dégager des marges de manœuvre financières. « Décaler les livraisons permet d'arriver directement avec des avions au standard F5 en 2033 plutôt que de livrer des F4 qu'il faudrait rétrofiter plus tard à grands frais, a ajouté Eric Trappier. Cela libère aussi des créneaux pour livrer l'Ukraine entre-temps. »
Un carnet de commandes de plus de 45 milliards d'euros
Au premier semestre 2026, Dassault Aviation a livré 2 Rafale pour la France et 10 à l’export. Au 30 juin 2026, l’avionneur doit encore livrer un total de 208 Rafale (168 pour l’export et 43 pour la France). Dans le civil, le groupe a effectué 13 livraisons de Falcon, contre 12 l’an dernier à la même époque, et affiche des prises de commandes en forte hausse (23 jets d’affaires, contre 8 au premier semestre 2025). Son carnet de commandes s’établit à 45,4 milliards d’euros, en très léger repli (46,6 milliards d’euros l’an dernier).
Sur les six premiers mois de l’année, Dassault Aviation voit ainsi son chiffre d’affaires s’élever à 4,2 milliards d’euros, contre 2,8 milliards d’euros lors du 1er semestre 2025. Il affiche par ailleurs un résultat opérationnel de 330 millions d’euros, soit une marge opérationnelle de 7,9 % (6,3 % l’an dernier), et un résultat net de 496 millions d’euros (386 millions d’euros lors du 1er semestre 2025). L’industriel maintien in fine ses objectifs annuels. À savoir : 28 Rafale livrés ainsi que 40 Falcon, et un chiffre d’affaires de 8,5 milliards d’euros.