Pour résumer le défi des batteries lithium-ion, Stanley Whittingham expliquait simplement : « Plus vous augmentez le niveau d’énergie, plus la sécurité baisse. Vous avez donc ce compromis entre le stockage et la sécurité. » Whittingham ne parle pas en simple observateur. Ce chercheur britannique est l’un des pères de ces batteries qui alimentent aujourd’hui une grande partie du quotidien. Son prototype mis au point dans les années 1970 lui a valu le prix Nobel de chimie en 2019. Mais l’influence de cet homme de 84 ans reste encore largement sous-estimée. Des dizaines de milliards de batteries lithium-ion, petites ou grandes, circulent désormais à travers le monde : dans les téléphones, les tablettes, les brosses à dents électriques, les vélos, les voitures ou encore les cigarettes électroniques. Selon Assurance Prévention, un foyer français en posséderait en moyenne 19.
Si les assureurs s’intéressent de près à cette technologie, c’est qu’elle est aussi à l’origine d’un nombre croissant de sinistres. « En France, il est difficile d’avoir des chiffres précis sur le nombre d’incendies causés par ces batteries », nuance Paul Esmein, de France Assureurs. Mais les signaux d’alerte se multiplient. À Reims, en juin dernier, quatre personnes ont péri dans un incendie provoqué par la batterie d’une trottinette électrique. Aux États-Unis, les pompiers de Los Angeles ont récemment tiré la sonnette d’alarme, évoquant près de 45 feux de batteries lithium-ion par semaine dans la ville. Plus inquiétant encore : ces incendies restent mal compris. Leur dynamique, liée notamment au phénomène d’« emballement thermique », les rend particulièrement complexes à maîtriser. Face à ces nouveaux risques, France Assureurs a missionné en 2024 le Centre national de prévention et de protection (CNPP) afin d’étudier de plus près le comportement de ces feux.