Des drapeaux de l’Union européenne flottent devant la Commission européenne à Bruxelles, en Belgique. /Photo prise le 8 novembre 2023/REUTERS/Yves Herman/Photo d’archives - Des drapeaux de l’Union européenne flottent devant la Commission européenne à...
/FW1FP/Louise Heavens - REUTERS - REUTERS - Yves Herman
La Banque centrale européenne publie une étude sur le rôle vital des espèces en période d’instabilité, lançant une alerte claire : les citoyens européens doivent conserver des liquidités chez eux pour se préparer aux crises à venir.
Pas de panique, restons calmes. Après le célèbre « Keep Calm and Carry On », slogan diffusé par le gouvernement anglais en 1939 pour soutenir le moral des Britanniques face à la menace nazie, voici le « Keep Calm and Carry Cash » (restez calme et gardez du cash) de la Banque centrale européenne (BCE). Dans une étude publiée mercredi 24 septembre sur son site Internet, l’institution incite désormais les citoyens à conserver des liquidités chez eux pour faire face aux crises à venir.
Mais la BCE ne se contente pas d’inviter les Européens à garder des liquidités chez eux. Elle annonce aussi son intention de « renforcer l’efficacité opérationnelle de l’Eurosystème », en améliorant notamment « la précision des prévisions d’émission de billets ».
L’institution insiste : « les infrastructures et les réserves stratégiques doivent être prêtes à faire face à ces hausses moins prévisibles mais à fort impact », afin de garantir, en temps de crise, « la stabilité économique » et d’assurer « la confiance du public » dans la solidité des institutions européennes.
Tirer les leçons des chocs récents
Pour établir ce constat, la BCE a analysé les « hausses immédiates et extrêmes d’acquisition d’espèces par le public » lors des dernières crises — pandémie, invasion de l’Ukraine par la Russie, ou encore la panne électrique massive qui a paralysé l’Espagne et le Portugal en avril dernier.
Selon la banque, « les cas retenus constituent un test de résistance de la fonction des espèces lorsque l’économie, les infrastructures critiques ou la confiance du public sont fortement mises à l’épreuve ».
Newsletter
L’Alerte La Tribune
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.
Chiffres de la BCE (Crédits : BCE)
Pour la BCE, la pandémie de Covid-19 illustre parfaitement l’impact d’une crise sur la « hausse extraordinaire et durable de la demande de billets en euros ». Fin 2020, l’émission nette de billets dans la zone euro a ainsi bondi de plus de 140 milliards d’euros, soit une augmentation de plus de 130 % par rapport à la période prépandémique (2015-2019). Même en 2021, la circulation « excédentaire » de billets restait élevée, atteignant environ 55 milliards d’euros fin décembre.
La guerre en Ukraine, en revanche, a provoqué une hausse de demande de liquidités plus brève. L’invasion russe du 24 février 2022 a entraîné une augmentation rapide d’environ 30 milliards d’euros en deux semaines, mais cette tendance s’est inversée dès avril 2022, « sous l’effet du resserrement monétaire et de la hausse des taux d’intérêt ».
Enfin, la grande panne électrique d’avril 2025 en Espagne et au Portugal a révélé le rôle crucial des espèces en cas de défaillance des infrastructures. La BCE souligne que « les pannes prolongées des systèmes de paiement électronique ont poussé les ménages et commerçants à recourir massivement aux espèces pour maintenir les transactions essentielles. »
L’argent liquide, pilier de résilience et de stabilité économique
La BCE se sert ainsi des précédentes crises pour anticiper de nouvelles menaces. « Si la prévision quotidienne peut s’appuyer sur une demande de cash plus "normale", les infrastructures et réserves stratégiques doivent être prêtes à des hausses imprévisibles mais à fort impact. Les espèces directement accessibles à tous, jouent alors leur rôle (…) comme pilier de la stabilité économique et de la confiance du public ».
Pourquoi conserver de l’argent en cas d’effondrement du système ? Selon la BCE, « les espèces représentent une valeur sûre, grâce à leur fonctionnement hors ligne et leur acceptation généralisée ». Mais ce n’est pas tout : « la monnaie physique ne répond pas seulement aux besoins individuels, elle renforce aussi la résilience globale du système ».
Plusieurs pays encouragent d’ailleurs leurs citoyens à en détenir. Les Pays-Bas, l’Autriche et la Finlande recommandent ainsi de garder entre 70 et 100 euros par personne, une somme suffisante pour couvrir les besoins essentiels pendant environ 72 heures. Mais la Finlande va même plus loin en testant des distributeurs automatiques « résistants aux perturbations », afin de garantir l’accès aux liquidités même en cas de défaillance numérique.
La France inclut également l’argent liquide dans son « kit d’urgence 72 heures » en cas de « coupures d’électricité, de gaz et d’eau courante, routes impraticables… Ce kit, préparé à l’avance, permet d’attendre les secours dans de meilleures conditions ou de faire face à une évacuation soudaine. »
On y trouve ainsi mentionné l'« argent liquide (les distributeurs pouvant ne pas fonctionner) » glissé entre la trousse de secours et… les « jeux pour occuper le temps ».