Plusieurs projets d'extraction sont étudiés dont celui d'Imerys dans l'Allier qui devrait entrer en activité d'ici 2 à 3 ans pour extraire du lithium.
Crédits : Imerys
Graphite, vanadium, yttrium, dysprosium… ces métaux et minerais peu connus sont pourtant cruciaux pour l’industrie. Principalement produits et raffinés en Chine, ils sont au cœur d’une guerre de souveraineté pour développer les énergies, l’aéronautique mais aussi la médecine de demain.
Ce problème de licence touche aujourd’hui le samarium, un métal utilisé par l’industrie de défense. Des tensions qui rappellent les crises de 2010 et 2011, relate Marin Perrin, chimiste et fondatrice de Reecover lors de la Rencontre des entrepreneurs de France (REF) organisée par le Medef. À l’époque, et « pour des raisons géopolitiques la Chine avait coupé ses exports, les prix sur les terres rares avaient alors fait jusqu’à 700 % ».
Ces épisodes mettent en exergue les enjeux de souveraineté et de dépendance que revêtent aujourd’hui les terres rares.D’autant plus que, selon le CNRS, « nous allons consommer dans les trente prochaines années, plus de métaux que tous ceux consommés par l’humanité depuis 70 000 ans », relève Guillaume Pitron, chercheur à l’Iris, spécialisé dans les matériaux stratégiques.
Rattraper des décennies de retard
Comme en témoigne le Critical Raw Minerals Act, voté fin 2023 par le Parlement européen, et qui fixe des objectifs d’extraction, de raffinage et de recyclage à horizon 2030, la France cherche comment réduire sa dépendance.
Et le temps presse. « Une mine met seize ans à ouvrir en moyenne. Il a fallu vingt-cinq ans à la Chine pour recréer une chaîne de valeur complète car cela nécessite de penser une filière », rappelle le chercheur de l’Iris.
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Face à cet enjeu d’accélération, Philippe Kehren, DG et membre du conseil d’administration de Solvay rappelle le rôle primordial que devra jouer le recyclage dans cette quête de « souveraineté minérale ».
« On oublie que la France à une usine située à La Rochelle, probablement la seule au monde en dehors de la Chine, capable de produire n’importe quel type de terre rare à partir de n’importe quelle source de minerais. »
Actuellement productrice pour les marchés de la catalyse automobile, de l’électronique et des applications médicales, elle pourrait, d’ici à 5 ans « produire 30 % de la demande européenne en terres rares pour le marché des aimants permanents », dont le quasi-monopole est détenu par la Chine.
Mais ce modèle, et cette exploitation française ou européenne ne marcheront qu’à condition que plusieurs critères soient réunis : une capacité d’approvisionnement suffisante et sécurisante pour les industriels mais aussi sa compétitivité.
Une réalité que Marc Ferracci reconnaît : « C’est un défi auquel est confrontée l’industrie du recyclage qui a besoin de débouchés et d’intrants. Un projet de recyclage de batteries a dû être suspendu en France car les conditions de marché en amont et en aval n’étaient pas suffisantes. »
Mais Philippe Kehren l’assure : « On a commencé à faire des aimants permanents de terre rare recyclée depuis avril. On ne pourra pas faire que du recyclé au départ mais on aura de plus en plus de moteurs en fin de vie et à terme, on réussira. »
Instaurer une clause de préférence nationale
« Il faut des garanties d’achat en aval, sur des volumes et des prix. Et donc il faut que nos clients s’engagent », résume-t-il. Mais ceux-ci font « face à une concurrence féroce sur leur propre marché donc ils ne peuvent pas surpayer leur matière première ». D’où le besoin d’imposer des mécanismes de quota ou d’incitation à l’achat local pour l’industriel.
Une vision partagée par Marc Ferracci : « Les incitations existent sur le papier maintenant il faut les faire vivre, il s’agit d’imposer des clauses de préférence européenne y compris locales sur des composants qui viennent s’introduire dans un certain nombre de chaînes de valeur. »
Le Ministre estime que le critère environnemental, les standards du code minier français étant plus élevés que dans d’autres pays, pourrait être un atout pour imposer cette préférence locale.
La difficulté réside surtout dans la mise en application du Net Zero Industry Act qui prévoit cette préférence européenne.
« Il faut qu’on aille collectivement plus vite et peut-être plus loin en élargissant à d’autres secteurs et sujets déjà prévus dans les textes européens mais je pense que la bonne réponse est là car les concurrents ont déjà de l’avance et cela nous prendra du temps de les rattraper. »
D’autant que, comme le rappelle Marc Ferracci, le coût de la dépendance et de l’incertitude qu’elle crée, est bien plus important que les investissements nécessaires aujourd’hui.
Guillaume Pitron tempère néanmoins la situation, rappelant que cette « préférence n’est possible qu’à hauteur de ce que l’on peut produire d’ici à 5 ans » et ne permettra jamais de répondre à la totalité des besoins.