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ÉconomieInternational

Restreindre l'export des terres rares, cette arme de la Chine contre les Etats-Unis

Photo de Mathieu Viviani

Mathieu Viviani

Publié le 15 avril 2025 à 12:46 - Mis à jour le 15 avril 2025 à 12:47

Captant 70 % du marché des terres rares dans le monde, la Chine a le quasi-monopole du secteur.

Captant 70 % du marché des terres rares dans le monde, la Chine a le quasi-monopole du secteur.

CHINA STRINGER NETWORK

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05 juin 2026

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Parmi les contre-mesures brandies par la Chine face à la salve douanière américaine, figurent des restrictions d'export de certaines terres rares. Passée un peu inaperçue, cette mesure pourrait avoir de lourdes conséquences pour les industries de défense, de l'aéronautique, ou de l'automobile, notamment celles des États-Unis, directement visés.

L'information est un peu passée sous les radars, et pourtant, elle est une menace directe pour les industriels du monde entier, à commencer par ceux des États-Unis. Le 4 avril dernier, dans sa batterie de contre-mesures en réponse aux droits de douane réciproques américains, la Chine a décidé de restreindre les exportations de certaines terres rares stratégiques. Une décision qui fait craindre une pénurie mondiale, étant donné que Pékin domine quasi-tout le secteur.

📍 Sept terres rares stratégiques visées

Samarium, gadolinium, terbium, dysprosium, lutécium, scandium et l'yttrium : ce sont les sept types de terre rare restreinte à l'export par la Chine. Ces éléments sont bien connus des industriels du monde entier qui les utilisent pour fabriquer des équipements au cœur de leur modèle économique. En particulier les entreprises d'aéronautique civile et militaire (moteurs à réaction), les fabricants d'armes (drones, missiles, robots), de panneaux solaires et d'éoliennes, les constructeurs de voitures électriques, les entreprises de l'imagerie médicale. Et bien sûr les firmes de la tech (smartphones, ordinateurs, disques durs, objets connectés).

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Selon l'institut des études géologiques des États-Unis (USGS), la Chine capte à elle seule 70 % du marché des terres rares dans le monde, d'autres experts évaluant même cette manne à 90 %. Les restrictions décidées par Pékin laissent donc présager un vrai risque de pénurie pour les industriels. Mais cette conséquence n'a pas dissuadé l'État chinois de prendre sa décision. En 2019, lors du premier mandat de Donald Trump, les autorités chinoises avaient d'ailleurs déjà menacé d'utiliser cette « arme commerciale », avant de renoncer à la dernière minute.

📍Une forte restriction et des délais incontrôlables

En quoi consiste précisément la restriction mise en place par Pékin ? Afin d'exporter les terres rares désignées, les industriels chinois doivent désormais déposer une demande de licence auprès du ministère chinois du Commerce. Un processus, qui en raison de son opacité, peut occasionner un délai d'attente de six ou sept semaines, à plusieurs mois. Ce processus permet aussi aux autorités chinoises de carrément bloquer les ventes. En sachant, que depuis l'entrée en vigueur de la mesure début avril, les douanes chinoises bloquent déjà des conteneurs de terres rares dans les différents ports du pays.

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« Lorsque mes clients me demandent quand leurs cargaisons pourront quitter la Chine, nous leur donnons un délai estimé à 60 jours, mais cela peut en réalité prendre plus de temps », a confié vendredi dernier, auprès de Reuters, un négociant en terres rares chinois, sous couvert d'anonymat. L'exportation d'antimoine vers les pays de l'Union européenne a déjà fait les frais de ce genre de lourdeur administrative : inscrit par la Chine sur une liste de contrôle en septembre dernier, l'export de ce métal, utile pour les batteries au plomb ou certains semi-conducteurs, est à l'arrêt pour le moment.

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📍 L'industrie militaire des États-Unis visée

Si la mesure de Pékin vise les importateurs de terres rares du monde entier, en réalité, les États-Unis de Donald Trump sont la première cible. Cette mesure est, en effet, une réponse à la salve de droits de douane sur les produits chinois imposés par Donald Trump à hauteur de... 145%. Mais aussi parce que 70 % des terres rares importées par les États-Unis proviennent de Chine. Par ailleurs, en plus de ces licences d'exportation, selon le New York Times, le ministère chinois du Commerce a émis une liste d'entreprises étrangères avec lesquelles il serait interdit de commercer. Or, la plupart de ces firmes sont... américaines.

Par ailleurs, d'après une analyse du Center for strategic and international studies (CSIS), l'industrie de défense américaine va être particulièrement impactée. « L'avion américain de combat F-35 contient plus de 400 kilos de terres rares. Un destroyer DDG-51 de classe Arleigh Burke en nécessite environ 2 250 kilos, tandis qu'un sous-marin de classe Virginia en utilise environ 4 250 kilos », explique l'institut. D'autant, ajoute-t-il, que « les États-Unis sont déjà en difficulté dans la fabrication de ces technologies de défense ». Ce qui va « creuser l'écart » entre la Chine et les États-Unis, en matière de cadence de production de munitions et d'équipements militaires.

📍 Un risque économique aussi pour la Chine

Cette contre-mesure présente aussi des risques pour la Chine. Ses entreprises exportatrices de terres rares pourraient en effet perdre en crédibilité dans le commerce international. Autre conséquence : ces nouvelles contraintes vont accélérer les démarches des pays occidentaux afin d'être moins dépendants de la Chine pour les terres rares. Ceci en exploitant leurs propres gisements de terres rares, ce qui demande une technologie d'extraction très pointue, que maîtrise bien la Chine.

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Les États-Unis travaillent activement sur le sujet. « Dans sa Stratégie industrielle de défense nationale 2024, le pays s'est fixé pour objectif de développer une chaîne d'approvisionnement complète en terres rares, de la mine à l'aimant, capable de répondre à tous les besoins de défense des États-Unis d'ici 2027 », souligne notamment le CSIS. Et d'indiquer également que l'Australie, le Brésil, l'Afrique du Sud, l'Arabie saoudite, le Japon et le Vietnam font aussi partie des pays actifs sur cet enjeu.

Mathieu Viviani

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