Les conclusions de la commission d'enquête sénatoriale sur les marges des industriels et de la distribution accablent cette dernière. Des pratiques prédatrices y sont pointées du doigt.Fleurons nationaux et paladins du pouvoir d'achat, les grands distributeurs français prennent aujourd'hui un sévère coup à leur image. Dans un rapport très attendu issu de six mois de travaux parlementaires, la commission d’enquête sénatoriale sur les marges des industriels et de la distribution « a mis au jour des pratiques extrêmement préoccupantes » de ces acteurs économiques, dommageables pour les agriculteurs et pour les industriels mais pas réellement profitables pour les consommateurs, résume sa rapporteure, Antoinette Guhl.
Des « services » aux « coûts disproportionnés »
La commission pointe notamment du doigt le « déséquilibre structurel » entre distributeurs et agro-industriels « sciemment créé » par les premiers afin de mieux se livrer la guerre des prix leur permettant de gagner des parts de marché. Le rapport dévoile des « pratiques prédatrices » désormais communes – assorties de suspensions de commandes pendant les négociations et d'autres formes de pression, notamment l'imposition aux fournisseurs de négocier non seulement avec des centrales d'achat, mais aussi avec des centrales « de service » qui leur facturent des prestations de toutes sortes.
Résultat : le tarif initialement négocié est amputé de ces « services », qui peuvent dépasser la dizaine et coûter aux industriels jusqu'à 40 % de leur chiffre d'affaires. Or certains ont des « coûts disproportionnés » voire « choquants », dénonce Antoinette Guhl, en citant en exemple un rendez-vous de négociation entre dirigeants qui a coûté au fournisseur plus de 350 000 euros.