Pêche : pourquoi le Gabon ferme l’accès des navires européens à ses eaux

Muriel Edjo, Agence Ecofin

L’accord de pêche entre le Gabon et l’UE autorisait des volumes de captures fixés à 32 000 tonnes par an.
Photo DR

Muriel Edjo, Agence Ecofin

L’accord de pêche entre le Gabon et l’UE autorisait des volumes de captures fixés à 32 000 tonnes par an.
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Le Gabon a décidé de ne pas renouveler l'accord de partenariat de pêche durable (APPD) qui le liait à l’Union européenne depuis dix-neuf ans. Arrivé à son terme le 28 juin dernier, le partenariat signé en 2007 puis reconduit à plusieurs reprises autorisait en effet les navires européens à opérer dans les eaux gabonaises. Mais pour Libreville, ce dispositif n'a pas rempli ses promesses. Le gouvernement explique « qu’une part prépondérante des ressources halieutiques exploitées dans les eaux gabonaises était destinée aux marchés extérieurs, limitant le développement d’une industrie locale de transformation, la création d’emplois et la valorisation nationale de cette richesse stratégique ».
D’après le gouvernement, les recettes générées par l’accord ne compensaient ni la valeur réelle des captures, ni les coûts de surveillance assumés par l'État, ni les pertes de valeur ajoutée liées à l'absence de transformation locale. Fixée à environ 26 millions d'euros pour le dernier accord (2021-2026), la contrepartie financière de l’accord de pêche est jugée dérisoire par les autorités gabonaises au regard des volumes de poissons prélevés annuellement, fixés à 32 000 tonnes.
Le Gabon a également pointé la faiblesse des investissements consentis par les partenaires européens en matière d'emploi et de renforcement des capacités nationales. « En mettant un terme à cet accord, la République gabonaise affirme sa volonté d’exercer pleinement sa souveraineté sur ses ressources maritimes et d’engager une nouvelle dynamique de développement du secteur halieutique. […] Désormais, les richesses issues des eaux gabonaises devront contribuer prioritairement à la prospérité nationale, en bénéficiant aux opérateurs économiques, aux populations et au développement durable du pays », affirment les autorités.
Le thon illustre aussi la frustration gabonaise. Cette ressource, capturée en grande partie par des thoniers et palangriers européens, essentiellement portugais, espagnols et français, était majoritairement exportée brute, sans passer par des unités de transformation locales. Or, Libreville entend dorénavant faire de la pêche un relais de sa politique de souveraineté économique, déjà appliquée aux secteurs minier et forestier, en conditionnant l'accès à ses ressources à des engagements fermes de valorisation industrielle sur le territoire national.
Du côté européen, la rupture n'est pas présentée comme définitive. L'Union européenne s'est déclarée « disposée à aborder les préoccupations exprimées ces derniers mois de façon constructive et transparente. Notre approche est tournée vers l’avenir : préserver ce qui fonctionne, traiter les obstacles de manière pragmatique, et construire un cadre rénové, équilibré et efficace. Ainsi, l’Union européenne se tient prête à négocier, en parallèle, un Accord de Partenariat de Pêche Durable, de nouvelle génération, ainsi qu’un nouveau Protocole d’application, mutuellement bénéfiques ».
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Le non-renouvellement de cet accord de pêche n'est toutefois pas sans risque. Le Gabon devra renforcer seul sa lutte contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée. Le pays est ainsi devenu le second pays de la région Afrique subsaharienne après le Sénégal en 2024 à ne pas renouveler l’accord de pêche avec l'Union européenne.
Muriel Edjo, Agence Ecofin