Le logement des séniors : la crise qui vient ?
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Les 75-84 ans seront 6 millions d'ici à 2030, contre 4 millions aujourd'hui.
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Les 75-84 ans seront 6 millions d'ici à 2030, contre 4 millions aujourd'hui.
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Des deux grandes transitions qui vont occuper l’humanité dans les 30 ans à venir, l’une fait débat, l’autre pas. « S’il y a en France ou ailleurs des climatosceptiques, il n’y a pas de gérontosceptiques, observe Mathieu Alapetite, directeur général de France Silver Eco. Les chiffres de la démographie ne créent pas de polémiques. » Ils le devraient pourtant. La semaine dernière, une étude de l’Insee annonçait une progression de 36% du nombre de seniors dépendants, lesquels seraient près de 3 millions en France en 2050. Une conséquence directe du vieillissement accéléré de la population qui devrait totaliser, en 2070, 26 millions de 60 ans et plus, dont 14 millions de plus de 75 ans. « L’enjeu est colossal et bien plus proche qu’il n’y paraît. D’ici à 2030, les 75-84 ans passeront de 4 à 6 millions, ce qui nous laisse que très peu de temps pour réfléchir à l’adaptation de la société à cette massification de personnes vieillissantes et fragiles. » Si les chiffres sont connus et reconnus, leur impact semble invisibilisé. Le déni, généralisé. « Bien peu s’en préoccupent, confirme le professeur Olivier Guérin, chef du pôle Réhabilitation, Autonomie et Vieillissement au CHU de Nice. Il n’y a pas de stratégie planificatrice en dépit de la dégradation profonde qui s’annonce quant à la capacité, faute de ressources humaines, à apporter une réponse sanitaire et d’accompagnement à cette population. » Ce contexte implique « de basculer d’un modèle de société curatif, dont on voit aujourd’hui les limites, à un modèle préventif global ». L’objectif étant de retarder autant que possible l’apparition des fragilités et donc de la dépendance.
Dans cette logique préventive, la question du logement apparaît centrale. « Il faut revoir le mode de construction des logements neufs, estime Olivier Guérin. Le domicile d’un citoyen vieillissant et vulnérable est différent de l’habitat conçu pour une famille. Il doit être pensé comme une forme d’antenne sanitaire connectée pour tenir la pathologie le plus loin possible, le plus longtemps possible. » Surtout, poursuit Mathieu Alapetite, « il y a une aspiration massive des seniors et de leurs aidants à vivre à domicile, ce qui nécessite d’apporter au logement une notion d’adaptabilité. » C’est tout l’objet de MaPrimeAdapt’ qui vise à financer les travaux d’adaptation des logements des seniors les plus modestes. Dix-huit mois après son lancement, force est de constater que le dispositif n’a pas eu l’effet escompté. Si 38 500 primes ont été accordées en 2024, si entre 40 000 et 45 000 devraient l’être en 2025, on est très loin des 3 millions de logements éligibles identifiés par France Silver Eco. « Au-delà des chiffres, cette opération devait être un élément de communication pour pousser le public à réfléchir et à s’emparer de ce sujet. Cela n’a pas été le cas. Le contexte n’a pas permis le portage politique espéré », regrette Mathieu Alapetite. Qui travaille à d’autres mesures. En partenariat avec l’Agence nationale de l’habitat, la filière Silver Eco planche sur un nouveau dispositif, associé à une charte éthique, pour proposer en association avec les fédérations du bâtiment et un acteur bancaire des solutions clés-en-main techniques et financières au public non-éligible, « les fameuses classes moyennes », toujours dans le but d’adapter le logement au vieillissement.
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