OPINION. « L’état de nos finances publiques, une question de souveraineté », par Xavier Albertini, député Horizons de la Marne

Xavier Albertini, député Horizons de la Marne.
LTD/Assemblée Nationale

Xavier Albertini, député Horizons de la Marne.
LTD/Assemblée Nationale
En 2026, la France devra émettre près de 310 milliards d’euros de dette. Derrière ce chiffre à tel point vertigineux qu’il en devient abstrait, se cache un constat effectif. Chaque hausse des taux d’intérêt réduit un peu plus notre capacité à financer nos priorités collectives. L’environnement économique européen est en train de changer. Inflation plus persistante qu’attendue, déficits publics élevés dans plusieurs États membres de l’Union européenne, tensions géopolitiques qui fragilisent la croissance : tous les indicateurs convergent vers une remontée durable du coût de la monnaie. La France ne pourra pas y échapper, notamment depuis la dissolution de l’Assemblée nationale en juin 2024.
La réduction des déficits et le vote de budgets crédibles sont devenus une nécessité absolue, dans un contexte politique instable. Dans le même temps, la politique monétaire européenne se durcit. La Banque centrale européenne devrait prochainement relever son taux directeur de 2 % à 2,25 %, et une nouvelle hausse est déjà envisagée d’ici la fin de l’année.
Cette décision répond à une logique de lutte contre l’inflation. Mais elle comporte aussi un risque. Celui d’étouffer une croissance européenne déjà fragile. Pour la France, les conséquences sont immédiates. Une activité économique moins dynamique entraîne moins de recettes fiscales et, mécaniquement, un déficit public qui pourrait encore se creuser. À cela s’ajoute un second effet, plus discret mais tout aussi préoccupant, l’augmentation du coût de notre dette.
La question n’est plus seulement celle du montant de la dette, mais de son prix. Une partie importante des emprunts contractés il y a sept ou huit ans l’avait été dans un contexte exceptionnel où les taux d’intérêt étaient proches de zéro. Aujourd’hui, lorsque cette dette arrive à échéance, elle doit être refinancée à des taux qui avoisinent 3,8 %. Quant à la nouvelle dette nécessaire pour financer nos déficits, elle est elle aussi souscrite à ces conditions beaucoup plus coûteuses.
Alors oui, l’impact n’est pas instantané. Chaque année, seule une fraction de la dette est renouvelée. Mais lentement, progressivement, l’effet se fait ressentir et finit par peser lourdement sur les finances publiques. Les tensions au Moyen-Orient viennent davantage fragiliser les perspectives de croissance et affecter les recettes fiscales, accentuant encore la pression sur nos comptes.
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La situation actuelle n’est pas sans précédent. Au début des années 2000, la charge de la dette représentait près de 5 % du PIB, soit davantage qu’aujourd’hui. Mais une différence majeure distingue notre époque. En vingt ans, le stock de dette a triplé. Dès lors, la moindre variation des taux d’intérêt produit des effets beaucoup plus importants sur nos finances publiques.
Certains acteurs de notre paysage politique affirment qu’il n’existe aucun risque véritable, que l’État français ne peut faire défaut et que les marchés continueront toujours à lui faire confiance. Mon optimisme me conduit à partager cette confiance dans la solidité de notre pays. Mais mon sens des responsabilités et mon pragmatisme m’obligent aussi à regarder la réalité en face.
Le véritable danger n’est pas celui d’une faillite brutale. Le véritable danger est celui d’un affaiblissement progressif. Chaque euro consacré au paiement des intérêts de la dette est un euro qui ne finance ni l’école, ni la santé, ni la sécurité, ni la transition écologique, ni la compétitivité de notre économie. À mesure que la charge de la dette augmente, la liberté d’action de la puissance publique se réduit.
C’est pourquoi le redressement de nos finances publiques ne doit pas être perçu comme une contrainte comptable ou un exercice technocratique. Il s’agit d’un enjeu de souveraineté nationale. Remettre de l’ordre dans nos comptes, c’est éviter l’austérité et c’est préserver notre capacité collective à choisir notre avenir.
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