Méconnu il y a encore quelques mois, le candidat d’extrême droite Abelardo de la Espriella, dit le « Tigre », est le favori du second tour de la présidentielle qui se déroule aujourd’hui. Son discours ultrasécuritaire, inspiré du président du Salvador, séduit.Posté au bord de cette artère qui balafre le nord de Bogotá, Juan Esteban Martínez jubile déjà. D’un salut militaire, il accueille la caravane du « Tigre » qui pénètre dans la capitale colombienne. Les voitures lui répondent en klaxonnant. « Évidemment que nous avons fait la meilleure campagne ! s’exclame l’étudiant en droit. Il y a quelques mois, personne ne nous connaissait, et maintenant, regardez cette ferveur ! »
Le « Tigre », c’est le surnom d’Abelardo de la Espriella, le candidat du parti d’extrême droite Salvación Nacional et favori du second tour de la présidentielle qui se déroule ce dimanche. À l’image d’un Javier Milei et de son lion en Argentine, lui aussi a choisi un félin – symbole de force, de courage et d’autorité – pour marquer les esprits. Avec sa barbe soignée et son air assuré, l’avocat de 47 ans ressemble surtout à un autre autocrate latino-américain : le président salvadorien, Nayib Bukele.
Abelardo de la Espriella s’imagine un destin identique à celui de son mentor salvadorien. Difficile de le lui reprocher : selon la dernière enquête Atlas Intel, il domine le paysage avec 52 % des intentions de vote. Soit huit points de plus que le candidat de gauche, Iván Cepeda.
La trajectoire du « Tigre » semblait inimaginable il y a quelques mois. Jet privé, montres de luxe, domaine viticole en Toscane, etc. : Abelardo de la Espriella dégageait plus l’image d’un homme d’affaires exubérant que celle d’une figure présidentielle crédible. Sa fortune, en partie amassée en défendant des personnalités liées au narcotrafic et aux sphères paramilitaires, suscitait le mépris des uns, quand les autres préféraient retenir la success story d’un homme de loi qui se gardait bien de parler politique.