Inflation domptée, récession… puis triomphe électoral : Javier Milei sauve sa « thérapie de choc » en Argentine
latribune.fr
Le président argentin Javier Milei célèbre la victoire du parti La Libertad Avanza aux élections de mi-mandat, considérées comme cruciales pour son administration après que le président américain Donald Trump a averti que le soutien futur à l’Argentine...
REUTERS - Cristina Sille
Contre la plupart des pronostics, le parti de Javier Milei a largement remporté les législatives de mi-mandat avec 40,7 % des voix au niveau national, loin devant le bloc péroniste (31,6 %). Ce succès lui assure le soutien du Congrès pour préserver son pouvoir de veto et poursuivre sa « thérapie de choc » ultralibérale, malgré un coût social élevé.
« C’est un point de bascule. » L’expression est de Javier Milei lui-même, saluant la confirmation de son « mandat de 2023 » au soir des élections. Son parti, La Libertad Avanza, a déjoué la plupart des sondages en remportant une victoire décisive aux législatives de mi-mandat. Avec plus de 40 % des voix au niveau national, il inflige un revers cinglant à l’opposition péroniste, créditée de 10 points de moins. Un score inattendu, « si élevé » qu’un sympathisant, Facundo Campos, consultant en marketing de 38 ans, au QG électoral de Javier Milei, dit avoir « crié comme pour le but du Mondial » : « Je ressens tellement de bonheur, d’enthousiasme. Je ne m’attendais pas à un chiffre si élevé ! »
Le résultat est plus qu’un symbole. Il offre une bouffée d’oxygène politique au président libertarien après des mois marqués par les tensions sociales liées à ses coupes budgétaires drastiques et une récession tenace l’an dernier. Les marchés financiers, inquiets d’un revers électoral, s’attendent désormais à un rebond des obligations argentines et du peso dès l’ouverture des marchés lundi.
Le seuil critique du veto sécurisé
Ces élections étaient essentielles pour déterminer la suite du mandat. Avant ce scrutin, le parti de Milei ne comptait que 15 % des députés et 10 % des sénateurs. La Libertad Avanza est désormais en passe de « quasi-tripler » sa base parlementaire selon les premières projections.
Javier Milei reste loin de la majorité absolue. Mais il atteint son objectif stratégique : sécuriser au moins un tiers des sièges dans les deux chambres. Ce seuil lui permet en effet de conserver son pouvoir de veto présidentiel et de défendre ses décrets de dérégulation face à une législation hostile. Sans cette victoire, sa capacité à réformer était menacée.
Washington et le FMI en soutien, sous conditions
Ce succès électoral consolide aussi la position de Milei vis-à-vis de ses alliés internationaux. Le FMI, dont le programme de 44 milliards de dollars est devenu la colonne vertébrale du financement argentin, attendait un « renforcement du soutien politique » aux réformes. Les décaissements devraient s’accélérer.
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L’administration Trump, qui soutient l’expérimentation d’austérité, a également lié son appui au succès électoral. « S’il gagne, nous restons avec lui. S’il ne gagne pas, nous partons », avait déclaré Donald Trump ce mois-ci. Le soutien de Washington s’est déjà matérialisé par l’annonce d’un « swap » de devises de 20 milliards de dollars, complété par 20 autres milliards promis par des banques privées et des fonds souverains. Face à l’intense pression sur le peso en octobre, le Trésor américain est même intervenu « plusieurs fois » pour acheter la devise argentine.
La « thérapie de choc » validée malgré la souffrance sociale
Élu il y a deux ans, l’économiste qui se dit « anarcho-capitaliste » a promis une rupture radicale pour sortir le pays de décennies de marasme. Sa « thérapie de choc » a été brutale : dévaluation massive du peso, unification des taux de change, coupes rases dans les subventions à l’énergie et licenciement de dizaines de milliers de fonctionnaires.
Les résultats fiscaux ont impressionné les marchés. L’Argentine a enregistré son premier budget équilibré depuis quatorze ans. L’inflation, fléau endémique, a été ramenée de plus de 200 % à 31,8 % en rythme annuel. « Milei remet le pays sur pied », assure Leandro Pedrozo, un étudiant en droit de 20 ans.
La souffrance sociale, elle, est sévère. Le pays a connu une contraction de 1,8 % de son activité en 2024 et plus de 200 000 emplois ont été détruits. Les salaires réels ont chuté de plus de 20 % depuis 2023 et la consommation continue de se contracter. Environ un Argentin sur trois vit aujourd’hui dans la pauvreté. Pour de nombreux électeurs, le choix n’était pas l’adhésion, mais le rejet : un retour au pouvoir des péronistes était « impensable ».
L’heure du « virage pragmatique » ?
Cette victoire électorale ne signe pas la fin des obstacles. Le président, qui a souvent gouverné par décrets et qualifié le Parlement de « nid à rats », va devoir changer de méthode. Des analystes, comme la politologue Lara Goyburu, estiment qu’il devra « prendre un virage pragmatique » et « retrouver la capacité de négociation » du début de son mandat.
L’exécutif est sous pression pour associer la discipline budgétaire à des mesures de relance de la croissance et de l’emploi. Dans le viseur de Milei d’ici à 2027 figurent plusieurs réformes structurelles : une nouvelle refonte fiscale, la flexibilisation du marché du travail et une transformation du système de protection sociale. Le ministre de l’Économie, Luis Caputo, a toutefois assuré dimanche qu’il n’y aurait « ni modification du programme économique ni du régime de change » ce lundi.