Les Colombiens votent ce dimanche 31 mai pour la présidentielle. Malgré la dégradation de la situation sécuritaire, une large partie de la population mise toujours sur la paix et les avancées sociales du président sortant.Don Alfonso* termine son déjeuner à la cantine de la communauté paysanne de Guanacas, localité rurale de la commune d’Inzá, quand un voisin l’interpelle. « Tu as vu les derniers sondages ? », demande-t-il au vieil homme. Oui, don Alfonso a vu que l’élection présidentielle se déroulant ce 31 mai s’annonce très serrée. Il a aussi constaté que le candidat d’extrême droite, Abelardo de la Espriella était en bonne position, et cela ne lui plaît pas beaucoup. « Abelardo est quelqu’un de dangereux, affirme-t-il. Il a promis d’“étriper” la gauche. S’il arrive au pouvoir, les conséquences seront terribles pour nous. »
Le candidat choisi par don Alfonso est loin du « Bukele » colombien. Il votera pour Iván Cepeda, et, à Inzá, il n’est pas le seul à préférer le candidat de gauche. En 2022, près de 80 % des habitants de cette commune du Cauca, dans le sud-ouest de la Colombie, avaient voté pour Gustavo Petro. Premier président de gauche de l’histoire du pays, Petro ne peut, constitutionnellement, briguer un second mandat.
Mais don Alfonso, 78 ans, pourrait tout de même voir un autre homme de gauche s’installer au palais présidentiel. Le dauphin de Petro, le sénateur Iván Cepeda, fait figure de favori, avec environ 40 % des intentions de vote selon les différentes enquêtes d’opinion. Il devance donc l’avocat millionnaire et réactionnaire Abelardo de la Espriella (29 %) et la candidate de la droite traditionnelle, Paloma Valencia (20 %).
À Inzá comme dans le reste du Cauca, région où de grandes familles de propriétaires ont historiquement possédé l’écrasante majorité des terres, nombreux sont ceux à s’être sentis écoutés pour la première fois avec l’arrivée de la gauche au pouvoir. Le gouvernement Petro a inscrit dans la Constitution la reconnaissance des communautés paysannes comme sujets politiques, garantissant leur droit à la terre et protégeant leurs pratiques culturelles. « Grâce à Petro, nous avons pu obtenir des titres légaux de l’appartenance de nos terres », illustre Rodrigo*, un leader paysan.