Pour la première fois en 50 ans, un G7 finances élargi face à la crise
latribune.fr
Jusqu'ici, les réunions du G7 finances et celles des ministres de l'Énergie évoluaient en parallèle, tandis que les banques centrales coordonnaient leurs actions dans des cadres distincts.
REUTERS - Gonzalo Fuentes
Pour la première fois en 50 ans, un G7 finances élargi face à la crise
La France convoque un G7 finances au format inédit, réunissant ministres de l’Économie, de l’Énergie et banques centrales. Une initiative exceptionnelle destinée à coordonner les réponses face à une crise globale.
Pour la première fois depuis un demi-siècle, la France bouscule le format du G7 finances. Lundi prochain, Paris réunira par visioconférence un attelage inédit mêlant ministres de l’Économie, de l’Énergie et gouverneurs de banques centrales, dans une tentative de réponse coordonnée à une crise désormais systémique, à la croisée des chocs énergétiques, inflationnistes et géopolitiques.
« Je vous annonce que pour la première fois depuis 50 ans, j’ai décidé de convoquer un G7 Finances, Énergie, banques centrales », a indiqué le ministre français de l’Économie Roland Lescure sur RTL. « Donc on va voir les ministres de l’Économie, les ministres de l’Énergie et les banques centrales ensemble lundi pour évoquer la situation, comprendre ce qui se passe », a-t-il poursuivi.
Derrière cette initiative, un constat : la fragmentation des réponses nationales face à l’envolée des prix de l’énergie et à la persistance de l’inflation montre ses limites. « Parce qu’aujourd’hui on est à la convergence de sujets énergétiques, de sujets économiques, de sujets inflation. Les banques centrales, c’est la première fois qu’on le fait. Je vous en donnerai des nouvelles dès lundi », a précisé Roland Lescure.
Un format inédit face à une crise multidimensionnelle
Jusqu’ici, les réunions du G7 finances et celles des ministres de l’Énergie évoluaient en parallèle, tandis que les banques centrales coordonnaient leurs actions dans des cadres distincts. En fusionnant ces trois cercles, la présidence française entend accélérer les arbitrages, alors que les tensions sur les marchés pétroliers et gaziers menacent de raviver un cycle inflationniste déjà difficile à contenir.
Le précédent du 9 mars illustre l’urgence : les ministres des Finances s’étaient dits prêts à recourir à « toutes les mesures nécessaires, y compris en puisant dans les réserves stratégiques de pétrole ». Mais l’aggravation des risques géopolitiques, notamment au Moyen-Orient, impose désormais une coordination plus étroite entre politiques budgétaires, énergétiques et monétaires.
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Une initiative dans un G7 fragilisé
Cette séquence économique intervient alors même que la cohésion politique du G7 est mise à l’épreuve. Réunis cette semaine à l’abbaye des Vaux-de-Cernay, les ministres des Affaires étrangères ont peiné à afficher un front uni face aux crises en Ukraine et en Iran, sur fond de retour de Donald Trump à la Maison Blanche.
L’imprévisibilité de Washington complique la recherche de consensus. Les alliés européens s’inquiètent des inflexions américaines, qu’il s’agisse de politique commerciale ou de stratégie militaire. « L’attitude des Etats-Unis est un élément déstabilisant du système international pour tous ses acteurs, non seulement pour les membres du G7 mais aussi pour la Chine et bien d’autres pays dans le monde », a résumé Thomas Gomart, directeur de l’Ifri. Dans ce contexte, même la production d’un communiqué commun a été abandonnée lors de la réunion diplomatique, signe d’un multilatéralisme sous tension.
L’énergie, point de bascule des équilibres économiques
Au cœur des discussions de lundi figurera notamment la situation du détroit d’Ormuz, par lequel transite près de 20 % des flux mondiaux d’hydrocarbures, aujourd’hui perturbés. Une contrainte majeure pour les économies du G7, déjà confrontées à des chaînes d’approvisionnement fragilisées.
L’enjeu est double : contenir l’impact immédiat sur les prix de l’énergie, tout en évitant un désancrage des anticipations d’inflation qui contraindrait les banques centrales à maintenir des politiques monétaires restrictives plus longtemps.
La présence conjointe des autorités monétaires vise précisément à synchroniser les réponses : calibrage des taux d’intérêt, soutien à la liquidité, et articulation avec d’éventuelles mesures budgétaires ou interventions sur les marchés de l’énergie.
Un test pour la présidence française
En orchestrant ce G7 élargi, Paris joue une carte stratégique à quelques mois du sommet des dirigeants prévu à Évian en juin. L’objectif est clair : démontrer que, malgré les fractures géopolitiques, le G7 reste capable de produire des réponses opérationnelles face à une crise globale.
Reste à savoir si cette innovation institutionnelle suffira à surmonter les divergences croissantes entre alliés. Car au-delà de la coordination technique, c’est bien la capacité du G7 à redevenir un centre de gravité de la gouvernance économique mondiale qui est en jeu.