Mortalité en hausse, pertes de productivité, coût estimé à 37 milliards d’euros sur 2015-2020 : les vagues de chaleur extrêmes répétées fragilisent durablement l’économie française, avec des effets particulièrement marqués sur les travailleurs exposés et les populations les plus précaires.Trains et centrales nucléaires à l’arrêt, écoles fermées, souffrance au travail, santé dégradée, fermeture de magasins, services publics au ralenti. Alors que la France bat des records de températures depuis le mois de mai, les canicules et vagues de chaleurs en cascade font des ravages sur l’économie et le travail. Le ministre du Travail et des Solidarités, Jean-Pierre Farandou, doit recevoir les organisations syndicales ce mercredi soir pour évoquer les risques sur la population active.
« Il n’y a pas eu d’annonces jusqu’à maintenant. C’est effrayant. Le gouvernement se réunit mais rien ne bouge », déplore Anne Bringault, directrice des programmes au réseau action climat à Paris (RAC).
Jusqu’à maintenant, une partie des débats s’est focalisée sur la climatisation en France comme solution portée notamment par l’extrême droite. Mais pour une grande partie des travailleurs à l’extérieur, la question de la climatisation est jugée inadaptée. Tour d’horizon des conséquences possibles de ces chaleurs extrêmes sur le coût économique de la mortalité, le travail, et les inégalités.
Une mortalité en hausse, un coût exorbitant
Angle mort des débats, les coûts de la mortalité engendrée par ces pics de températures risquent pourtant de s’envoler. Dans un article publié en 2022, plusieurs chercheurs du CNRS rappelaient ce paradoxe.
« Même si les canicules ne représentent qu’une partie de l’effet total de la chaleur (environ un tiers entre 2000 et 2010), ce sont les événements extrêmes ayant le plus d’impacts en France, totalisant plus de 37 000 décès depuis les années 1970 ». « Jusqu’à maintenant, la surmortalité n’était pas considérée comme un problème majeur », pointe Anne Bringault.
Pourquoi ? Les effets « sont plus diffus » et le recensement des morts attribués à ces événements était difficile, soulignent les spécialistes. Malgré ces difficultés, la facture est pharaonique. « Le coût de 37 milliards d’euros sur la période 2015-2020 concernait la mortalité (31 milliards d’euros), les restrictions d’activité (6 milliards d’euros), et la consommation de soins 31 millions d’euros », détaille Olivier Chanel, chercheur au CNRS.