REPORTAGE. En Dordogne, une usine historique de papier va être rasée pour laisser place à un pôle industriel et numérique. Certains veulent encore se battre pour sauver un bout de cette manufacture remarquable.Les machines sont froides. Comme la colère des salariés. Au Lardin-Saint-Lazare, commune de 1 670 habitants à l'est de la Dordogne, l'histoire du fleuron local prend fin après plus de cent ans d'existence. 180 lettres de licenciement seront adressées fin mars. Le personnel s'y attendait. Après une mise en redressement judiciaire en octobre, l'usine a produit sa dernière bobine de papier le 20 janvier sur la seule machine encore en activité. L'annonce de la reconversion prochaine des papeteries de Condat en pôle d'industrie et de supercalculateurs fait remonter toute la rancœur des ouvriers.
« On avait un savoir-faire reconnu dans le monde entier et on ne nous a même pas permis de nous en servir », se lance Frédéric, troisième génération à occuper les ateliers de Condat. Ils sont une dizaine ce jeudi matin dans la maison syndicale qui fait face à 26 hectares entremêlés d'immenses cubes de tôles, cheminées, cuves et plateformes logistiques. Amers, déçus, ulcérés pour certains, la plupart dépasse les trente ans de maison. Le vide du grand parking qui fait face à leur foyer rappelle qu'ils sont les rescapés d'un long déclin. « C'est un grand gâchis industriel », peste l'homme qui a connu quatre plans de licenciement depuis son arrivée dans les années 1990. Le dernier a vu partir 174 personnes en 2023. Un cas loin d'être isolé. Les papeteries de Lecas, Stenpa et RDM ont également fermé ou licencié récemment en France
Dans un moment si particulier, les sentiments contradictoires cohabitent. La colère avec le soulagement. « Depuis plus de deux ans, on ne sait pas où on va. On a alterné entre chômage partiel et fausses promesses. A un moment donné, c'est pas plus mal que ça s'arrête », lâche Fred, un autre salarié. Condat en a compté jusqu'à 1 200 à la fin des années 80.
A partir de là, l'histoire du site n'est que frustration. Le pôle recherche et développement est fermé en 2007, brisant les capacités d'innovation. « C'est le plan social qui a fait le moins de bruit mais c'est celui qui a fait le plus de mal », commente Philippe Delord, délégué CGT.