MaPrimeRénov : les demandes divisées par quatre après le tour de vis budgétaire
latribune.fr
MaPrimeRénov, autrefois plébiscitée, connaît un effondrement spectaculaire en 2026. Les demandes d'aides ont chuté divisées par quatre, suite aux coupes budgétaires.
Selon l’Anah, moins de 20 000 dossiers de rénovations globales ont été déposés au premier semestre 2026, contre 95 000 un an plus tôt. Entre guichet fermé, aides réduites et durcissement des conditions d’accès, le dispositif subit un net coup d’arrêt malgré un stock encore important à traiter.
Ce fut un temps un succès éclatant, l’un de ces dispositifs plébiscités par les Français en 2025… avant que la machine ne finisse par dérailler. Depuis le début de l’année 2026, la chute est nette : les demandes d’aides MaPrimeRénov s'effondrent, sous l’effet direct du dernier coup de rabot budgétaire administré par le gouvernement.
Les chiffres rendus publics ce lundi par l’Agence nationale de l’habitat (Anah), l'établissement qui distribue les subventions, montrent qu'entre le premier semestre de l’année 2025 et les six premiers mois de l’année 2026, les dépôts de dossiers pour une rénovation globale ont été divisés par quatre.
Le coup d'arrêt budgétaire
Il faut dire que l’année 2026 s'est ouverte sur un grand vide. En l’absence de vote du budget de l’État, le guichet est resté fermé et aucun nouveau dossier n’a pu être enregistré jusqu’à la mi-février. Une fois la porte de nouveau entrebâillée, l'engouement n'est pas revenu : hors copropriétés, les nouvelles demandes d’aide pour des rénovations énergétiques globales n’ont pas dépassé le seuil des 2 500 dossiers mensuels.
Un an plus tôt, au cours de la même période, l’Anah en recevait chaque mois entre 7 500 et 10 000. Même en intégrant le secteur des copropriétés, le décompte des six premiers mois de 2026 s’arrête à un peu plus de 20 000 dossiers de rénovation d’ampleur déposés, bien loin des 95 000 enregistrés au premier semestre 2025.
Barèmes restreints et un accès réservé
Au sein de l'institution, on tente d'expliquer ce passage à vide. « Il y a une dynamique de demande plus faible cette année, c'est l'effet des montants des subventions qui ont été revus à la baisse et de l'attentisme lié à l'annonce du plan d'électrification de la France », analyse ainsi Valérie Mancret-Taylor, la directrice générale de l’Anah, aujourd'hui sur le départ.
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Cette désaffection puise ses racines quelques mois plus tôt. Face à l’afflux massif des demandes et à la multiplication des tentatives de fraude, le dispositif réservé aux rénovations d’ampleur avait été purement et simplement suspendu au cours de l’été 2025. À sa réouverture, en septembre, la voilure avait été nettement réduite : des barèmes restreints et un accès réservé, dans un premier temps, aux seuls ménages très modestes. Pour ces derniers, le plafond de la subvention maximale est brutalement tombé de 63 000 euros à 32 000 euros.
Tout un stock à écluser
Dès cette époque, les associations s'en étaient inquiétées, alerte à l'appui. Elles pointaient du doigt la complexité du parcours, la longueur interminable des attentes et le risque, bien réel, de décourager définitivement les particuliers.
En attendant de nouveaux arrivants, l'administration résorbe le passé. Au cours du premier semestre, 41 409 ménages ont pu obtenir une subvention MaPrimeRénov pour une rénovation globale. Il s'agit essentiellement de dossiers déposés en 2025, complétés par une fraction remontant même à 2024. Une étape symbolique a été franchie à cette occasion, puisque le cap des 500 000 logements aidés depuis la création du dispositif est désormais atteint.
Mais le rythme des octrois reste bridé par le poids de l'héritage. À la fin de l'année 2025, 45 000 dossiers (hors copropriété) n'avaient pas pu être financés faute de crédits suffisants, et avaient dû être reportés sur l'exercice 2026. Depuis lors, 40 % de ce stock a été traité, ramenant le total des demandes en attente à 27 000. « On commence à écluser », veut croire la directrice de l'Anah. Parallèlement, le bilan semestriel de l’agence indique que plus de 9 000 dossiers ont été rejetés, frappés de caducité parce qu'incomplets ou écartés pour des suspicions de fraude.
« La situation s'améliore, (...) on a traité les stocks et on a amélioré les délais d'attente », affirme-t-on du côté de l'Anah, où l'on veut espérer un redémarrage rapide de la dynamique.
Un dispositif plébiscité
L'agence d'État préfère mettre en avant un « temps de réappropriation » nécessaire et insiste sur les retours favorables de ceux qui ont réussi à aller au bout du parcours. Selon un sondage, 91 % des récents bénéficiaires s'affirment satisfaits, et plus de la moitié (53 %) se disent même très satisfaits.
Corinne Dumas fait partie de ceux-là. En juillet, à l'occasion d'une visite des équipes de MaPrimeRénov dans sa maison fraîchement rénovée, cette habitante des Yvelines a livré son témoignage. Désormais équipée de nouveaux volets, de combles isolés et d'une pompe à chaleur, elle pose un constat sans équivoque : « Je n'aurais jamais pu faire ces travaux sans aide. » Et de glisser un détail très concret : « Pendant la canicule, tout le monde était jaloux », confie-t-elle à propos de ses pièces maintenues à une température agréable de 23 °C au cours du mois de juin. Dans son cas, l'histoire s'est écrite sans accroc. Le chantier s'est achevé en mars dernier, après une demande déposée au début de l'année 2025 et validée en moins de trois mois.
Un exercice de grande patience
Ce traitement efficace relève pourtant de l'exception. Pour beaucoup d'autres, le parcours reste un exercice de patience. Le délai d’instruction moyen s'établit à six mois au niveau national, et il dépasse carrément un an dans plusieurs départements : la Seine-Saint-Denis, le Val-de-Marne, la Seine-et-Marne, l'Yonne, la Saône-et-Loire et la Gironde.
La directrice générale, Valérie Mancret-Taylor, en avance les raisons : « Les contrôles pour lutter contre la fraude allongent les délais d'étude des dossiers », tout comme « le nombre de dossiers » à traiter. La mécanique grippée saura-t-elle retrouver son souffle, alors que se profilent de nouvelles échéances et que 27 000 ménages attendent toujours de savoir si leur projet verra le jour ?