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Energie et Industrie

Fusion de Rio Tinto et de Glencore : la méga-opération qui bouscule tout

Julien Gouesmat

Publié le 09 janvier 2026 à 17:20

Les mines de cuivre opérées par Glencore en RDC arrivent progressivement en fin de cycle.

Les mines de cuivre opérées par Glencore en RDC arrivent progressivement en fin de cycle.

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Rio Tinto a jusqu'au 5 février pour déposer son offre de rachat. En jeu : les actifs et les projets de cuivre de Glencore ainsi que son activité de trading.

L’annonce ce jeudi de nouvelles négociations en vue d’une fusion entre le géant australien des mines Rio Tinto et le colosse suisse de la négoce Glencore donne déjà des sueurs froides à leurs concurrents. Le scénario envisagé est celui d’un rachat de l’helvète par Rio Tinto qui doit déposer une offre avant le 5 février.

Après cette date, d’interminables délais attendent les deux entreprises en cas d’accord, alors que de nombreux rivaux souhaitent s’opposer à cette union. Si le mariage venait à être célébré, il sonnerait comme un coup de massue pour le secteur, mais également pour les états qui devraient composer avec un géant pesant plus de 260 milliards de dollars de valorisation.

Attention au charbon

Beaucoup de mystère règne encore sur les actifs concernés par ces négociations qui ont démarré à la fin de l’année dernière. Chacun devra certainement céder et vendre dans ses secteurs clés. A commencer par Glencore, toujours présent dans le charbon, notamment en Australie et en Afrique du Sud, et dont les mines de coke avaient fait déjà fait capoter le précédent rapprochement entre les deux entreprises.

Depuis 2018, Rio Tinto a tourné la page de cette énergie fossile particulièrement polluante et tente d’écrire un récit plus « vert ». Il paraît peu probable que les actionnaires retournent leur veste sur ce sujet controversé. Pour l’instant, l’activité est encore lucrative pour le Suisse, dont près d’un tiers de l’Ebitda est constitué de houille. Si Glencore n’en fait pas une activité d’avenir, cela lui permet de financer des projets plus complexes dans le cuivre ou le nickel, et donc un cash flow dont il est difficile de se séparer, au point de racheter les trois quarts des actifs en charbon de Teck Ressources il y a seulement deux ans. En guise de solution, certains analystes évoquent déjà la possibilité de regrouper l’ensemble des activités australiennes (charbon chez Glencore et fer de Pilbara chez Rio Tinto), dans une seule entité commune.

Mais, outre le sujet sensible du charbon, l’Agence France Presse rappelle aujourd’hui qu’un autre enjeu, bien plus insidieux, jouera inexorablement dans les négociations : la culture d’entreprise. Bien que le géant de la négoce ait progressivement investi dans les mines, le Suisse n’en reste pas moins un financier, d’autant plus reconnu pour son agressivité. Et ce, malgré une part de la négoce tombée à 30 % de l’Ebitda. Dans l’hypothèse d’une fusion, la future entreprise conserverait-elle une part d’activité de négociant ? Rien de moins sûr. A l’annonce des premières négociations, les marchés ont vu Glencore gagnant dans la fusion, et l’action du Suisse a grimpé de plus de 7 %, alors que l’Australien perdait 3 %.

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Glencore et la stratégie cuivre

Et pour cause : les actionnaires de Glencore se voient déjà toucher une prime à la vente et des négociations qui mettront en valeur les pépites du Suisse. Si Rio Tinto (142 milliards de dollars de capitalisation) s’intéresse au négociant, valorisé 65 milliards de dollars, le marché revalorisera Glencore. Mais un métal en particulier fait également peser la balance en faveur du trader : le cuivre. Avec l’ambition de devenir leader en 2035 dans ce secteur auquel on promet déjà une croissance folle en raison de son utilité tant pour l’électrification que pour les besoins de l’intelligence artificielle, Glencore a déjà lancé de nombreux projets au Pérou, au Chili, au Canada et aux Etats-Unis, et d’autres sont prévus pour la décennie prochaine. A l’inverse, Rio Tinto, bien qu’actionnaire de la mine d’Escondida (Chili), a beaucoup misé sur le lithium ces dernières années, et ne convainc pas dans le cuivre.

Les actionnaires de l’Australien pourront-ils résister à l’envie de ne faire qu’une bouchée des mines de Collahuasi (Chili) ou de Mutanda (République démocratique du Congo), alors que le cuivre avoisine les 13 000 dollars à la Bourse des métaux de Londres ? Face à eux, ils devront convaincre la Chine, principal importateur du Dr Copper et qui lutte depuis 20 ans pour tenter d’imposer ses prix aux puissantes entreprises occidentales, dans les marchés métalliques dont elle ne contrôle pas la production.

Déjà, à la fin de la décennie 2000, s’inquiétant d’un rapprochement entre BHP et Rio Tinto qui l’opposerait à un géant du fer, Pékin avait décidé d’investir dans Rio Tinto afin d’empêcher le deal. Presque 20 ans après, Chinalco détient toujours une partie importante des actions de l’Australien, et aura donc son mot à dire. Difficile de ne pas imaginer un bras de fer au moment où Pékin met déjà la pression à l’autre géant australien, BHP, pour infléchir ses prix sur le fer.

Julien Gouesmat

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