La bataille du pétrole ne se joue pas seulement au Moyen-Orient. Pour l’Europe, elle se noue aussi à quelques milliers de kilomètres de Téhéran, près d’Almetyevsk, dans la république russe du Tatarstan. Créée en 1950 autour d’un centre pétrochimique, la ville bat au rythme de l’or noir : c’est ici que convergent plusieurs champs pétroliers de Sibérie et de l’Oural, avant de s’écouler dans un pipeline de 5 500 kilomètres en direction de l’Europe de l’Est. Baptisé « Droujba » (« amitié » en russe), il incarnait la coopération énergétique entre les pays socialistes du temps de l’URSS.
Aujourd’hui, il provoque une crise diplomatique majeure sur le Vieux Continent. Et pour cause : interrompus fin janvier après une attaque sur une portion ukrainienne, les flux de pétrole n’ont toujours pas repris. Budapest accuse Kiev d’en bloquer la remise en route pour des raisons politiques. Au point que les deux pays ont suspendu leur feu vert à un prêt de 90 milliards d’euros des Vingt-Sept à l’Ukraine, et menacent de s’opposer à de nouvelles sanctions contre la Russie tant que l’oléoduc ne redémarre pas.