Sur le marché européen de l’électricité, la différence de prix entre deux Etats n’est pas empochée par le producteur qui exporte son courant, mais reversée aux gestionnaires du réseau de transport, des deux côtés de la frontière. De quoi susciter des crispations.Interrogé lundi lors d’un échange organisé par BFM Business, le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, a pris la défense du marché européen de l’électricité. « Quel est le pays qui bénéficie le plus de ce marché ? C’est la France, parce qu’on exporte. Grâce à ces revenus d’export, on va pouvoir construire du nouveau nucléaire », a-t-il affirmé.
De fait, en vendant leur électricité aux pays voisins, les producteurs français génèrent des revenus. Alors que la consommation d’électrons stagne dans l’Hexagone, ces exportations offrent d’importants débouchés. « Ils permettent de tirer la demande à la hausse, donc les prix. Sans eux, le cours du mégawattheure en France ne dépasserait pas 30 euros, au lieu de 50 euros. Les consommateurs paieraient moins cher, mais beaucoup de parcs de production seraient échoués, car ils ne tourneraient jamais », explique Emeric de Vigan, fondateur du cabinet de conseil 42 Advisors et spécialiste du sujet.
Il n’empêche : contrairement à une idée reçue, lorsqu'un écart de prix se creuse entre deux États (par exemple 50 euros/MWh en France contre 100 euros/MWh en Allemagne), la différence n'est pas empochée par le producteur. Ce dernier vend sa production à l'étranger au prix de son marché local, et non au tarif du pays acheteur.
Interconnexions saturées
En théorie, le marché intégré cherche à éviter cette situation. Sur la « plaque de cuivre » européenne, les raccordements aux frontières doivent permettre d’aboutir à un prix unique dans l’UE, grâce à des échanges optimisés par des algorithmes. En pratique, cependant, les interconnexions électriques sont souvent saturées : quand les limites physiques sont atteintes, le prix du MWh se divise en deux régions. Celle qui exporte affiche un prix plus bas que celle qui importe.