À des centaines de kilomètres des arbitrages parisiens, la relance du nucléaire tricolore se concrétise dans les ateliers du Creusot. Chez Framatome, les premières pièces des futurs réacteurs sortent déjà des fours et des presses géantes. Sur place, les équipes se préparent à une montée en puissance encore suspendue aux décisions d’investissement et aux perspectives d’export.À Paris, la décision finale d’investissement pour les six futurs réacteurs n’a pas encore été prise. Les ingénieurs d’EDF doivent encore peaufiner le design des centrales et l’état-major convaincre de la crédibilité de son chiffrage et décrocher le feu vert de Bruxelles pour le financement. Sous cet angle, la relance de l’atome civil apparaît encore très lointaine et abstraite. Mais au Creusot (Saône-et-Loire), où EDF a convié plusieurs journalistes, le renouveau nucléaire prend déjà forme.
Ce mardi 9 juin, sur le site de Framatome, en plein cœur de ville (la mairie ne se trouve qu’à dix minutes à pied), un immense cylindre creux et orange vif sort d’un four à 1 300 degrés, faisant aussitôt grimper la température dans le vaste hall dédié à la forge. L’objet, de près de 150 tonnes, est crocheté par un C de manipulation. Un opérateur pianote sur sa télécommande, semblable à une manette de jeu vidéo XXL, pour placer cet énorme rouleau d’acier sous une presse de 11 000 tonnes.
Le forgeron, véritable chef d’orchestre
Dans une cabine, suivant les consignes du forgeron, véritable chef d’orchestre de la séquence, un pressier s’attelle à positionner grâce à son joystick un couperet pour venir découper une lamelle au bout du cylindre et le lester de 10 tonnes. « C’est le principe de la guillotine », résume Benoît Sanchez, directeur technique et industrialisation du site. Objectif de la manœuvre : donner, peu à peu, à ce monstre d’acier, la forme correspondante au cahier des charges fixé par EDF.