Pétrole : le paradoxe de la hausse des stocks américains face au chaos d'Ormuz

Un chevalet de pompage au sud de Midland, au Texas.
/FW1FP/Aurora Ellis - REUTERS - Eli Hartman - Eli Hartman

Un chevalet de pompage au sud de Midland, au Texas.
/FW1FP/Aurora Ellis - REUTERS - Eli Hartman - Eli Hartman
La chute de 16 % des exportations s'explique par l'explosion des coûts de fret (14,50 dollars/baril).
Les importations du Canada atteignent un niveau historique par anticipation de futurs tarifs douaniers.
Le taux d'utilisation des sites chute à 86 % à cause de fermetures.
L'Agence américaine d'information sur l'énergie (EIA) a annoncé, ce mercredi 18 mars, une forte hausse des réserves commerciales de pétrole brut aux États-Unis. Durant la semaine achevée le 13 mars, les stocks ont augmenté de 6,2 millions de barils. Le marché prévoyait pourtant une baisse de 1,5 million de barils, selon le consensus Bloomberg. Ce décalage intervient 18 jours après le début de l'opération « Epic Fury ». Paradoxalement, Washington accumule du brut alors que le monde craint une pénurie.
Les inventaires totaux atteignent 449,3 millions de barils. Ce niveau est le plus haut enregistré depuis juin 2024. Cette hausse ne traduit pourtant pas une surproduction. Elle résulte d'un blocage des flux et d'un ajustement statistique de l'EIA. L'agence a ajouté 597 000 barils par jour au titre de corrections sur les périodes précédentes. Les exportations ont plongé à 3,88 millions de barils par jour en une semaine. Le pétrole reste bloqué dans les terminaux du golfe du Mexique.
Le coût du fret maritime paralyse l'arbitrage commercial. Affréter un superpétrolier vers l'Asie coûte désormais 29 millions de dollars. Cela représente une pression de 14,50 dollars par baril. Ce montant constitue 20 % du prix du baril de West Texas Intermediate (WTI). En août 2025, cette part ne dépassait pas 5 %. Les exportateurs préfèrent stocker à Cushing plutôt que d'expédier à perte.
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Parallèlement, les flux canadiens s'intensifient. Les importations en provenance du Canada ont atteint 4,42 millions de barils par jour. Ce volume frôle le record historique. Les raffineurs anticipent d'éventuels tarifs douaniers sous l'administration Trump. Ils maximisent leurs achats avant tout changement législatif. Ce brut lourd sature des capacités de stockage déjà sous pression.
L'activité des raffineries ralentit. Le taux d'utilisation est descendu à 86 % selon les données de terrain, bien que l'EIA rapporte une hausse technique à 91,4 % sur certains segments. Ce déclin n'est pas seulement saisonnier. Des sites majeurs cessent leurs opérations. La raffinerie Phillips 66 de Wilmington a fermé fin 2025. Valero Energy arrêtera son site de Benicia en avril prochain. Ces pertes réduisent la capacité d'absorption du brut domestique.
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Indicateurs au 13 mars 2026
Stocks de brut : 449,3 millions de barils (+ 6,2 millions)
Exportations : 3,88 millions b/j (-16 %)
Réserve stratégique (SPR) : 415,4 millions (stable)
La guerre entre les États-Unis, Israël et l'Iran transforme les marchés. Le brent a franchi les 100 dollars dès la deuxième semaine du conflit. Mercredi, il gagnait 6,11 % à 109,74 dollars. Le détroit d'Ormuz est devenu un « goulet d'étranglement de facto ». Téhéran utilise des drones et des mines pour paralyser le trafic. Le transit des pétroliers a plongé de 90 % depuis le début de la guerre.
Le blocage est sélectif. L'Iran autorise certains navires turcs, indiens et chinois à passer. Les navires liés aux intérêts occidentaux sont ciblés. Cette gestion place Téhéran en position de contrôle total. La présence navale américaine ne suffit pas à rassurer les assureurs. Les compagnies Gard et Skuld ont annulé la couverture des risques de guerre. Sans assurance, le passage reste impossible pour les armateurs.
Le choc énergétique pèse sur l'économie réelle. L'essence aux États-Unis coûte 3,84 dollars le gallon. Fin février, le prix était de 2,98 dollars. Cette hausse agit comme une taxe sur la consommation. La croissance du PIB américain a été révisée à 0,7 % au dernier trimestre 2025. Goldman Sachs estime la probabilité d'une récession à 25 %. La demande intérieure reste toutefois au-dessus de 20 millions de barils quotidiens.
L'accumulation des stocks aux États-Unis est un mirage de sécurité. Le pays produit plus qu'il ne peut consommer ou exporter. Si les voies maritimes restent fermées, le déséquilibre s'accentuera. Le brent pourrait atteindre 140 dollars d'ici à avril. Le WTI restera plafonné par l'excédent logistique nord-américain. Le ministère de l'Énergie a annoncé un premier appel d'offres pour libérer des réserves stratégiques.
(Avec AFP)