OPINION. « MaPrimeRénov’ : pourquoi la suppression des aides à l’isolation est une erreur stratégique », par Alexandre Sevenet, président de Cinov Ingénierie

Alexandre Sevenet, président de Cinov Ingénierie
LTD/DR

Alexandre Sevenet, président de Cinov Ingénierie
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Il faut reconnaître au gouvernement une vraie cohérence : celle de l’inconstance. Depuis dix-huit mois, MaPrimeRénov’ change de visage avec la régularité d’une girouette par grand vent. Sauf que la girouette, elle, a au moins le mérite de suivre le vent. Le dispositif, lui, semble suivre à peu près n’importe quoi, sauf la logique technique. Faisons le compte.
Septembre 2025 : on supprime l’isolation des murs et les chaudières biomasse du parcours par geste.
Juin 2026 : on supprime à peu près tout le reste. Poêles, chauffe-eau solaires, VMC, isolation des combles et de la toiture, changement de menuiseries.
Il ne reste plus que la pompe à chaleur pour le chauffage. Une seule rescapée, installée sans savoir si le logement fuit la chaleur comme une passoire. On pourrait appeler cela une stratégie. C’est un décret tous les six mois, annoncé au dernier moment, avec la même surprise feinte des professionnels et le même argument budgétaire. La rénovation énergétique mérite mieux qu’un pilotage à l’arrêté-couperet.
Posons la question simplement : si l’on devait conserver une seule famille de travaux, laquelle choisir ? La réponse technique ne fait aucun doute : l’enveloppe (murs, toiture, combles, menuiseries). C’est elle qui détermine si la chaleur reste dans le logement ou s’évapore par les parois.
Installer une pompe à chaleur dans une maison mal isolée, c’est remplir une baignoire sans bouchon avec un filet d’eau tiède : l’eau part plus vite qu’elle n’arrive, le robinet ne s’arrête jamais, et personne ne comprend pourquoi le bain reste froid. Une pompe à chaleur est un équipement performant si le bâtiment lui permet de l’être, pas un pansement technologique pour une passoire.
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Le ministère explique vouloir « concentrer l’argent public sur les rénovations les plus efficaces ». Chauffer plus, isoler moins : on a connu des éléments de langage plus heureux. Puisqu’il faut le rappeler en pleine canicule : l’isolation ne sert pas seulement à passer l’hiver.
Une toiture isolée, ce sont des combles qui ne se transforment pas en four dès le mois de juin. Des menuiseries performantes, c’est moins de surchauffe et moins de climatisation installée en urgence, celle-là même qu’on financera peut-être demain avec la générosité réservée aujourd’hui à la pompe à chaleur.
On supprime donc les aides aux travaux qui évitent la dépense future, puis on s’étonnera demain de devoir la financer. Chaque texte corrige le précédent, sans vision d’ensemble.
La priorité donnée à l’enveloppe avant les équipements n’est pas une lubie de bureaux d’études. C’est le socle de toute rénovation sérieuse. Les ingénieurs le répètent depuis des années, dans chaque concertation, chaque avis technique remis à l’État. Alors à quoi servent ces consultations si leurs conclusions sont aussitôt contredites ? On commande l’expertise, puis on légifère contre elle.
À ce stade, ce n’est plus un déficit de données à combler. C’est un déficit d’écoute. Les arbitrages budgétaires existent et un dispositif de cette ampleur doit être piloté. Mais gouverner, c’est prévoir : fixer un cadre, l’annoncer suffisamment à l’avance, et hiérarchiser les priorités selon leur efficacité réelle, pas selon le dernier objectif de communication politique.
Concrètement, cela suppose :
Faute de quoi, nous continuerons à financer des équipements dans des logements qui chauffent la rue l’hiver et virent au four l’été. Et nous nous étonnerons, chaque année un peu plus fort, que les factures ne baissent pas, que les Français aient froid en janvier, chaud en août, et que la rénovation énergétique reste une promesse.
Un thermostat faussé, ça ne se corrige pas à coups de décret. Ça se règle. La logique aussi, d’ailleurs.