Windcoop hisse haut la voile du transport maritime décarboné

Windcoop un voilier-cargo dédié au transport de marchandises
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Windcoop un voilier-cargo dédié au transport de marchandises
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Il a suffi d'un coup de fil – et l'idée a pris forme ! Un appel, de la part de Matthieu Brunet, dirigeant d'Arcadie, une entreprise d'épices, à Nils Joyeux, ancien officier de la marine marchande et co-fondateur de Zéphyr & Borée, une compagnie maritime spécialisée dans l'armement de navires bas carbone, pionnière du transport moderne à la voile. Car une contradiction taraudait Matthieu Brunet : alors qu'il s'enorgueillit de n'importer en France que des produits bios et équitables de Madagascar, comment cette responsabilité sociale et environnementale pouvait-elle s'accommoder d'un transport effectué par de grandes compagnies mondialisées qui fonctionnent à l'énergie fossile et, dans certains cas, imposent de mauvaises conditions de travail pour les marins ? « Je lui ai partagé mon idée d'acheter un voilier d'occasion pour effectuer le voyage, raconte Matthieu Brunet, mais Nils m'a expliqué les difficultés réglementaires à vouloir transformer un voilier voué à ne transporter que des passagers en cargo. D'où l'idée de construire un nouveau voilier-cargo et de monter une coopérative de transport maritime pour ce faire. » En effet, ce modèle collaboratif offre à tous les sociétaires (2 400 actuellement) la possibilité d'agir ensemble, pour l'émergence d'un transport plus juste, à travers une gouvernance partagée. Et ce d'autant que 90 % des produits que nous consommons ont été, en totalité ou en partie, transportés avant de se retrouver dans nos assiettes ou nos placards. Tout le monde, en somme, devrait se sentir concerné...
Depuis 2022, date du lancement de la coopérative Windcoop, il a fallu mettre au point le modèle de voilier – mais Nils Joyeux est un expert – et trouver un chantier pour la construction. Les travaux pour le voilier baptisé Miaraka (ensemble, en malgache) ont commencé en décembre 2025 en Turquie, et la première route, entre Marseille et Madagascar, devrait être inaugurée en 2027. Sans oublier, bien sûr, de convaincre des clients potentiels et de lever des fonds... « Au total, nous avons levé 8,5 millions d'euros et sécurisé environ 10 millions d'euros de chiffre d'affaires, sous forme de lettres d'intention de la part de clients », souligne Matthieu Brunet, devenu président du conseil d'administration de Windcoop. Pour le trajet Madagascar-Marseille, des exportateurs d'épices, de crevettes et d'haricots verts, entre autres, et pour le Marseille-Madagascar, des supermarchés, des producteurs et exportateurs de bocaux (pour les haricots verts) et d'aliments pour crevettes, notamment.
La proposition de Windcoop est attrayante pour ses clients. Alors que les transports
maritimes sont lents par nature, ouvrir une route directe entre Marseille et Madagascar, avec la garantie donnée par Windcoop d'un délai d'un mois seulement entre chargement et livraison, n'a pu que séduire. Actuellement, en effet, les acteurs de l'import-export doivent utiliser d'autres routes, dans une zone élargie, ce qui implique des transbordements, longs et irréguliers, afin de rejoindre des navires au Sri Lanka, par exemple, pour revenir ensuite vers Marseille... « L'aspect plus logique, rapide et pratique de notre proposition de valeur est aussi important pour nos interlocuteurs que la décarbonation du transport maritime », relève d'ailleurs Matthieu Brunet.
Le fait d'être lauréat 2025 du programme Propulse de l'Agence de l'innovation pour les transports (AIT) met encore plus de vent dans les voiles de Windcoop. Au-delà de la visibilité auprès des ministères et des médias qu'offre Propulse, des informations, notamment sur la réglementation, que peuvent fournir les équipes de l'AIT, et des contacts stimulants entre lauréats, « Propulse, programme gouvernemental, nous permet de nous projeter sur de nouvelles lignes, régionales, dont l'une relierait Madagascar à la Réunion, à Mayotte et aux Comores, par exemple. Nous serions très fiers de mener ce projet de désenclavement. Aujourd'hui, Madagascar envoie des produits bon marché en France, qui les renvoie ailleurs dans l'océan Indien. Mais ce projet, géopolitique, ne peut aboutir qu'avec l'appui des gouvernements », avance Matthieu Brunet.
En tout cas, le modèle coopératif de Windcoop, pourrait largement être dupliqué – « ensemble », selon la philosophie de Windcoop...