Boulogne : Mako Moulages ressuscite une icône du jouet français
Boulogne : Mako Moulages ressuscite une icône du jouet français
Photographer:Cyril Fussien
Boulogne : Mako Moulages ressuscite une icône du jouet français
Photographer:Cyril Fussien
« Mes enfants avaient dix ans et je trouvais que les jouets étaient trop cheap, trop électroniques », se souvient Agnès Beuchet. En 2013, cette ancienne directrice d'agence de communication travaillant sur des marques mythiques comme Danette découvre que Mako Moulages, cette marque qui avait bercé son enfance, avait disparu. « Je me suis dit : je tiens mon projet. »
L'aventure démarre par un rachat complexe.
« La marque appartenait à Ravensburger, un géant du jouet européen. J'ai entamé des démarches juridiques pour pouvoir racheter cette marque qui n'était plus exploitée. » Puis vient la phase industrielle : retrouver les fabricants capables de produire latex, plâtre et peinture. « Pendant un an, je suis repartie sur la trace des fabricants. » L'immatriculation officielle intervient en janvier 2014.
Le pari de la nostalgie fonctionne immédiatement.
« Les acheteurs ont accueilli la marque avec curiosité, avec envie. C'est le propre de la madeleine de Proust », explique la dirigeante. Très vite Agnès Beuchet opère un virage stratégique majeur en abandonnant les premières licences qu'elle avait choisies. « Je me suis rendu compte que ces licences n'étaient pas les produits qui marchaient le mieux. ». Elle développe alors ses propres univers : dinosaures, princesses, pirates, et plus récemment des collections kawaii inspirées des tendances japonaises.
Dix ans plus tard, Mako Création emploie quatre salariés et réalise environ un million d'euros de chiffre d'affaires avec une cinquantaine de références. La marque est présente chez les distributeurs spécialisés et commence à s'exporter (Benelux, Canada, Israël, Suisse). L'entreprise vient même d'ouvrir un nouveau segment : les ateliers créatifs pour adultes.
Le modèle repose sur un ancrage local assumé.
« C'était vraiment l'une des composantes du projet. Cette marque était française à la base, je ne voulais pas aller faire du total China », martèle Agnès Beuchet. Résultat : 95% de la fabrication est réalisée en France, du plâtre à l'assemblage. « C'est une histoire de solidarité, de faire bosser des petites entreprises sur le sol français, d'avoir une éthique sur la qualité des produits. » Un positionnement qui a un prix : « Je n'ai pas les meilleures marges du marché du jouet. » concède-t-elle. Paradoxalement, cet engagement local est aussi compliqué à gérer : « nous sommes plus contrôlés que des importateurs chinois, car plus faciles à identifier ». Les produits qui ne respectent pas les normes, et qui ont des problèmes de qualité produit, ne sont en général pas les entreprises françaises qui ont pignon sur rue. « C’est un sujet hautement d’actualité avec les marketplace comme Shein.»
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Au démarrage, Agnès Beuchet a bénéficié de l'accompagnement de la CCI des Hauts-de-Seine et des dispositifs départementaux dédiés aux femmes entrepreneures. « J'ai été très bien accompagnée, le département était vraiment aidant. » Aujourd'hui autonome, elle assume sa stratégie de croissance prudente. « Je préfère me concentrer sur le marché du loisir créatif plutôt que de multiplier les marques. » Son principal regret ? « J'aurais dû lever plus d'argent au départ. Le BFR, c'est un sujet permanent. »
Quelques semaines avant le rush de l’année pour le jouet, Mako Créations prouve qu'il est possible de faire revivre le patrimoine ludique français tout en créant de la valeur localement, à condition d'accepter une rentabilité mesurée et un combat quotidien contre la concurrence asiatique.