OPINION. « Faire du numérique le projet stratégique de la France »
latribune.fr

Xavier Dalloz
DR
latribune.fr

Xavier Dalloz
DR
Par Xavier Dalloz, Président de XD Consulting (*)
Pour la France, le numérique est donc bien davantage qu’un sujet de modernisation administrative ou de compétitivité sectorielle. Il conditionne notre souveraineté (capacité à maîtriser nos infrastructures, nos données, nos modèles d’IA), notre puissance économique (productivité, innovation, attractivité des talents) et notre cohésion sociale (accès aux services essentiels, lutte contre les fractures territoriales et éducatives). Un pays qui ne maîtrise pas ses infrastructures numériques dépend mécaniquement de celles des autres, et s’expose à un déclassement durable.
Voici quelques chiffres qui marquent que nous rentrons dans un monde radicalement nouveau et mettent en perspective le rôle clé du numérique pour la France :
La capitalisation boursière des entreprises du numérique aux Etats-Unis a dépassé 20.000 milliards de dollars.
L’essor de l’IA agentique – systèmes autonomes capables d’orchestrer des tâches complexes – et des objets intelligents transforme les chaînes de valeur. Selon Gartner et McKinsey, les agents d’IA s’imposent rapidement dans la supply chain, la relation client, la maintenance prédictive et la cybersécurité, d’abord comme assistants, puis comme automateurs de processus entiers. Le marché mondial de l’IA agentique pourrait atteindre près de 200 milliards $ d’ici 2034 avec un taux de croissance annuel composé (~44 %). Agents IA deviennent des « collaborateurs numériques autonomes », intégrés dans environ 80 % des applications métier d’ici 2026
L’économie numérique (plateformes, cloud, logiciels, contenus, e-commerce) représente déjà près de 15 % du PIB mondial, soit environ 16.000 Md$, et pourrait atteindre 17 % d’ici 2028. Le e-commerce mondial pèse environ 6.400 Md$ en 2025, soit plus de 21 % du commerce de détail, avec une croissance encore soutenue. La publicité digitale dépasse 800 Md$ et devrait franchir les 1.000 Md$ avant 2030, portée par le ciblage algorithmique, la vidéo et le retail media. En revanche, l’économie numérique ne représente qu’environ 5,5 % du PIB français.
La personnalisation par l’IA, l’AR/VR et l’essor des super-apps dynamisent le commerce mobile, qui dépasse déjà 60 % des ventes en ligne sur de nombreux marchés. Les réseaux sociaux rassemblent 5,4 milliards d’utilisateurs et sont devenus de véritables infrastructures économiques : découverte, commerce social, service client, influence. Les téléchargements d’applications atteignent près de 300 milliards par an, confirmant le smartphone comme point d’entrée central vers les services financiers, de santé ou d’éducation.
Le commerce social représente déjà entre 1.200 et 1.600 Md$ de ventes annuelles et pourrait atteindre plusieurs trillions de dollars d’ici 2030. En parallèle, la datasphère mondiale atteint environ 175 zettabytes, tandis que les investissements en transformation numérique devraient passer de plus de 2.300 Md$ à près de 4.000 Md$ d’ici 2027. Selon PwC, l’IA pourrait ajouter jusqu’à 15,7 trillions de dollars au PIB mondial d’ici 2030.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Cette dynamique repose sur des infrastructures massives : cloud public (plus de 700 Md$ en 2025), edge computing, jumeaux numériques et réseaux très haut débit. La 5G approche les 3 milliards d’abonnements et porte la croissance des usages industriels, de l’IoT et de la vidéo.
L’IA devient la couche par défaut des logiciels métiers : d’ici 2026, près de 40 % des applications d’entreprise intégreront des agents spécialisés. En cybersécurité, l’IA s’impose pour la détection en temps réel et la réponse automatisée, tandis que montent les enjeux du chiffrement post-quantique. La blockchain, l’AR/VR et la formation immersive affichent des croissances à deux chiffres, avec des gains mesurables de productivité et de coûts.
Enfin, malgré une couverture mobile mondiale de 96 %, plus de 3 milliards de personnes restent hors ligne. Sans politiques volontaristes, le numérique et l’IA risquent d’accentuer les fractures.
En résumé, les ordres de grandeur ont changé : on ne parle plus de quelques milliards mais de milliers de milliards de dollars, de dizaines de milliards d’objets et de centaines de zettaoctets de données. Miser sur le numérique n’est donc plus une option stratégique parmi d’autres : c’est une condition de souveraineté, de compétitivité et de cohésion sociale.
_______
(*) Xavier Dalloz dirige depuis plus de trente ans le cabinet Xavier Dalloz Consulting (XDC), spécialisé dans le conseil stratégique sur l'intégration des technologies émergentes afin d'offrir aux entreprises un véritable avantage concurrentiel. Il est également directeur de la communication de la CMAI, la plus grande association professionnelle du numérique en Inde, qui regroupe plus de 48 500 membres. Engagé de longue date dans la promotion internationale de l'innovation, il a co-organisé le World Electronics Forum (WEF) à Angers (2017), Grenoble (2022) et Rabat (2024). À la demande de la CTA, il a aussi présenté et animé le WEF lors du CES 2023 à Las Vegas.
latribune.fr
OPINION. « Comment l'Europe peut désarmer les réseaux sociaux »
OPINION. Économie russe : « Le silence de Nabiullina » (Michel Santi)
OPINON. « Autonomie technologique : oui, une troisième voie est possible » (Piyush Goyal et Anne Le Hénanff)
OPINION. « Financer l’innovation en déremboursant les médicaments essent iels : une menace pour l’équité d’accès aux soins des patients et la souveraineté sanitaire »