OPINION. « Success story et PLFSS : chronique d’un démantèlement absurde »
latribune.fr

Emmanuel Grimaud et Laurent Pietraszewski
DR
latribune.fr

Emmanuel Grimaud et Laurent Pietraszewski
DR
Par Emmanuel Grimaud et Laurent Pietraszewski (*)
En réformant le cumul emploi-retraite dans le Projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale (PLFSS), le gouvernement s’attaque à un des rares dispositifs qui fonctionne. Ce choix, justifié par la promesse d’économies budgétaires : 200 millions d’euros annoncés, s’appuie sur une lecture erronée, à courte vue et déconnectée de la réalité du terrain.
Car le cumul emploi-retraite est tout sauf une anomalie à corriger. C’est un élément à part entière de notre contrat social. Un levier d’engagement, de transmission, de liberté retrouvée en fin de carrière. Il n’oppose pas actifs et retraités : il les relie. Il offre une troisième voie entre activité et inactivité, entre carrière subie et départ brutal. Il humanise la retraite, rend les parcours plus fluides et apporte un complément de revenu à ceux qui choisissent de se maintenir dans l’emploi.
La retraite progressive et le cumul emploi-retraite forment ensemble les deux faces d’une même médaille : celle d’une société qui cesse de penser la retraite comme une rupture brutale entre une vie active et une retraite oisive.
Le gouvernement affirme vouloir cibler le dispositif sur les retraités modestes. Mais les mesures prévues par le PLFSS 2026 reviennent à étouffer l’ensemble du dispositif :
Avant l’age légal, ie:64 ans à terme : toute reprise d’activité entraînerait une remboursement de la retraite supérieure aux revenus perçus dès le premier euroEntre 64 et 67 ans : une réduction de 50% de la pension à hauteur des revenus nouveaux au-delà de 7000 euros de revenus annuels.
Autrement dit, travailler en retraite reviendrait à être lourdement sanctionné. Aucune incitation, aucune souplesse. C’est le démantèlement silencieux d’un outil de lien social, d’activité, de cohésion.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Rappelons que le cumul emploi-retraite concerne plus de 600 000 personnes. Cadres, indépendants, retraités actifs. Rappelons qu’il génère des cotisations avec peu de sans droits nouveaux. Qu’il contribue à la CSG, à l’assurance maladie, au budget de l’État. Rappelons surtout qu’il ne coûte rien, et qu’il rapporte. Beaucoup.
Alors que la retraite progressive peine à convaincre avec moins de 32 000 bénéficiaires au 31 décembre 2024, 20 fois moins que le cumul emploi-retraite, le gouvernement perd toute forme de discernement dans sa quête budgétaire. Il s’enferme dans une rhétorique contre-productive qui consiste à pénaliser ceux qui veulent travailler et à encourager l'inactivité et qui au final fera perdre beaucoup plus de cotisations qu’il ne pense en gagner.
À l’heure où de nombreux secteurs font face à une pénurie de main-d’œuvre (restauration, transport, bâtiment, services à la personne, Education), à l’heure où l’on parle de vieillissement actif et de taux d’emploi des seniors, à l’heure où la soutenabilité du système repose sur l’allongement de la durée d’activité et l’aménagement des organisations de travail, … quel message envoie-t-on à ceux qui veulent continuer à travailler ?
Il est rarissime de trouver un dispositif public qui conjugue aussi bien l’intérêt général et les aspirations individuelles. Le déconstruire au prétexte d’une simplification technique ou d’un ciblage social revient à se tirer une balle dans le pied.
Car à la fin, le système sera doublement perdant : moins de travail, moins de cotisations, moins d’emploi, moins de consommation, plus de défiance.
Nous appelons à maintenir et renforcer ce dispositif. Le pays a besoin d’outils concrets pour accompagner les transformations du travail. Pas d’entraves supplémentaires.
Nous appelons à faire du cumul emploi-retraite un pilier assumé de la stratégie du vieillissement actif.
Ce n’est pas un privilège. C’est un levier d’avenir.
________
(*) Emmanuel Grimaud, fondateur de Maximis, conseil en stratégie de fins de Carrière, et Laurent Pietraszewski, Président du cabinet de conseil en performance sociale GRENEL, ancien ministre en charge des retraites et de la santé au travail,
latribune.fr
OPINON. « Autonomie technologique : oui, une troisième voie est possible » (Piyush Goyal et Anne Le Hénanff)
OPINION. « Financer l’innovation en déremboursant les médicaments essent iels : une menace pour l’équité d’accès aux soins des patients et la souveraineté sanitaire »
OPINION. « La prochaine bataille de l’IA se jouera dans les conseils d’administration »
OPINION. « PME : et si l’enjeu n’était plus de financer la croissance, mais la résilience ? »