OPINION. « PPE 3 : entre nucléaire et renouvelables la France ne peut plus se tromper de débat »
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François Durovray
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Par François Durovray, président du conseil départemental de l’Essonne (*)
Depuis le Général de Gaulle et le Président Georges Pompidou, la droite française est associée à des choix industriels qui ont fait la puissance du pays : aéronautique, ferroviaire, nucléaire. Ce qu’il reste de nos filières d’excellence doit beaucoup aux décisions prises il y a plus de cinquante ans. Aujourd’hui, la transition écologique nous met au pied du mur ; elle est aussi une opportunité : réindustrialiser proprement, innover, créer des emplois, et renforcer notre souveraineté. Les décisions que nous prenons maintenant diront si la France demeure une puissance globale.
La programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) n’est pas un débat de spécialistes. C’est la boussole de notre souveraineté énergétique et industrielle : elle conditionne notre capacité à réindustrialiser le pays, à réduire la facture énergétique des Français et à sortir durablement des énergies fossiles. Or, notre dépendance reste massive : pétrole et gaz représentent encore près de 60 % de notre consommation d’énergie, notamment dans les transports et le chauffage. Sortir des fossiles, c’est d’abord électrifier les usages : véhicules, pompes à chaleur, procédés industriels, data, et, là où c’est pertinent, hydrogène bas-carbone. Concrètement cela signifie produire beaucoup plus d’électricité décarbonée, à terme presque doubler notre production par rapport à aujourd’hui. L’électrification n’est pas un slogan : c’est le seul chemin réaliste pour décarboner en profondeur notre économie.
Et c’est là que beaucoup se trompent de débat. Depuis deux ans la PPE est devenue le terrain des postures partisanes plutôt que des solutions. Le Rassemblement national l’illustre encore par une énième motion de censure : au lieu de discuter d’une trajectoire, il choisit le blocage. Une partie de la gauche, à l’inverse, voudrait, au nom d’une écologie dogmatique, tourner le dos au nucléaire quitte à risquer le black-out. Dans les deux cas, nous oublions l’essentiel : l’ennemi, c’est d’abord le pétrole et le gaz.
Notre priorité devrait être simple : construire un mix bas-carbone capable d’alimenter cette électrification massive, sans renchérir nos factures ni fragiliser le système énergétique. Ni l’exclusion de l’éolien et du solaire, ni le renoncement au nucléaire ne sont des solutions. La stabilité repose sur un socle pilotable, nucléaire et hydraulique, des renouvelables déployées rapidement, et des flexibilités pour passer les pointes. La souveraineté énergétique ne se décrète pas, elle se construit.
Le nucléaire reste un atout majeur de la France. Il fournit un socle pilotable, bas-carbone, et un avantage compétitif rare en Europe. À condition d’en garantir la disponibilité, de maîtriser les coûts et de traduire cet avantage en contrats stables pour nos industriels, il peut redevenir un levier de performance, d’exportation et d’attractivité. Mais regardons les choses en face : la relance nucléaire prendra du temps, et, à elle seule, elle ne suffira pas à couvrir la hausse de la demande d’électricité décarbonée. C’est précisément pourquoi les renouvelables doivent être pensées non pas contre le nucléaire, mais comme son complément pour sortir au plus vite des énergies fossiles.
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Le solaire et l’éolien ne sont pas des religions : ce sont des technologies. Leurs coûts de construction ont baissé, leur déploiement est plus rapide, et ils complètent utilement le socle nucléaire et hydraulique, avec des solutions de flexibilité. Bien sûr, ils demandent de la méthode : planification, réseaux, stockage, pilotage de la demande. Mais c’est précisément le rôle d’une politique publique cohérente que d’organiser cette complémentarité, au lieu de la nier.
Les Républicains invoquent notre souveraineté pour repousser ces solutions. Refuser l’éolien et le solaire, ce n’est pas “protéger le nucléaire” : c’est prolonger, de fait, la dépendance aux fossiles. Oui, une grande partie des chaînes de valeur mondiales est aujourd’hui concentrée en Asie. Mais notre histoire industrielle témoigne que la solution n’est jamais le repli.
Le psychodrame politique autour de la PPE, dont la motion de censure du RN constitue un triste soubresaut, nous a fait perdre un temps précieux. Les postures, les menaces et l’instabilité découragent les investissements industriels. Nous devons sortir par le haut : le gouvernement doit associer pleinement le Parlement, donner de la visibilité aux filières, et construire une concertation exigeante avec les territoires. La PPE devra être discutée, expliquée, évaluée, puis révisée à échéances régulières, sur la base de résultats et non de slogans.
La France ne construira pas sa souveraineté en opposant ses atouts ; elle s’imposera en les additionnant avec pragmatisme. Le vrai choix n’est pas entre nucléaire et renouvelables, mais entre action et impuissance. La PPE 3 doit être l’occasion de dépasser les dogmes et de faire de la transition énergétique un levier de puissance, pas un terrain de division. La France est probablement l’un des pays du monde qui a le plus intérêt, d’un point de vue économique, industriel et social, à réussir cette transition. L’histoire dira si les décideurs politiques d’aujourd’hui ont su relever ce défi.
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(*) François Durovray est un spécialiste des collectivités territoriales et des questions de gouvernance. Titulaire d’un Master II en gestion des collectivités locales, il débute sa carrière comme collaborateur d’élu. Élu conseiller général de Yerres en 2001, il devient la même année premier adjoint au maire de la commune. Entre 2010 et 2015, il rejoint le conseil régional d’Île-de-France, où il siège à Île-de-France Mobilités. En 2014, il est élu maire de Montgeron et président de la communauté d’agglomération du Val d’Yerres Val de Seine (VYVS). En 2015, il devient président du conseil départemental de l’Essonne, un poste qu’il occupe toujours depuis sa réélection en 2021 avec la présidence de l’agglomération. Francois Durovray est également expert des questions de mobilités et d’aménagement. Entre septembre et décembre 2024, il est ministre des Transports dans le gouvernement de Barnier. Il assure toujours des mandats et responsabilités en lien avec le secteur. Il est membre du conseil de surveillance de la société du grand Paris (depuis 2015), membre du conseil d’orientation des infrastructures (depuis 2018), Vice-Président du groupement des autorités responsables de transport (GART) (depuis 2021). Enfin, il préside bénévolement l’ONG CODATU, depuis 2021, qui accompagne une vingtaine de villes de pays dans l’hémisphère Sud (Dakar, Abidjan, Bogota, Lima…) dans la définition de leur gouvernance, leur financement et leur offre de mobilité.
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