OPINION. « Faisons de la surcharge informationnelle, cognitive et collaborative un enjeu majeur de la santé au travail »

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STEPHANE MAHE - reuters

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Ces chiffres montrent bien que le développement du numérique s’accompagne d’une explosion des contenus et canaux de communication, avec à la clé une « fatigue informationnelle » qui se généralise. Elle est clairement perceptible dans la sphère personnelle, avec les réseaux sociaux et les médias, mais elle se développe également dans le monde professionnel.
Depuis plusieurs années, les entreprises et les pouvoirs publics se concentrent légitimement sur le « droit à la déconnexion ». Il y a 10 ans, cette avancée importante a permis de reconnaître les risques liés à l'hyperconnexion. Mais cette focalisation relègue au second plan un autre phénomène intrinsèque : la surcharge informationnelle, conduisant à amalgamer excès d’échanges et collaboration. Or, la collaboration ne se limite pas à traiter des flux d’informations : elle nécessite de s’accorder sur des significations sociales partagées pour donner un cadre clair à l’action collective. En noyant les individus sous un flot d’informations continu, on crée un bruit communicationnel permanent. Cette infobésité en vient à nuire aux conditions de travail et aux relations professionnelles, ce qui rétroagit nécessairement sur la qualité du travail, tout en aggravant notre dette environnementale. Cette situation ne nous permet clairement pas d’être à la hauteur des nombreux défis que notre époque doit relever.
Pour résumer cette situation paradoxale : nous n’avons jamais disposé d'autant d'outils pour communiquer, et pourtant il n'a jamais été aussi difficile de préserver l'attention nécessaire à un travail de qualité. Au-delà même de ces difficultés de concentration, les conséquences de l’infobésité sont dévastatrices : sentiment de saturation, perte de sens, tensions relationnelles, allongement des journées de travail, multiplication des interruptions : autant de facteurs qui dégradent la qualité de vie au travail et nourrissent les risques psychosociaux.
Pour performer collectivement, nous devons développer un vrai dialogue en entreprise sur nos manières de nous organiser, de collaborer et de communiquer. Nous, chercheurs & membres de l’OICN, incitons les organisations (publiques et privées) à s’engager sur cette voie. De notre côté, nous continuerons d’alerter sur ces sujets et à œuvrer pour développer une communication professionnelle plus saine, durable et constructive en se donnant les moyens d’agir.
C’est en ce sens que nous engageons aujourd’hui à travers une charte, dans laquelle nous défendons cinq leviers que nous jugeons fondamentaux et indissociables. En premier lieu, l’objectivation : mesurer les surcharges informationnelle et cognitive (par le biais d’indicateurs de mesure des usages réels, d’enquêtes, de questionnaires, etc.) pour construire une vision chiffrée, documentée et factuelle du travail réel.
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En second lieu, nous invitons les organisations à identifier ces surcharges comme nouveaux facteurs de risques psychosociaux prioritaires afin de mettre en place des démarches de prévention appropriées.
Troisièmement, nous estimons qu’il est nécessaire de reconnaître la dimension systémique du problème pour dépasser la responsabilisation individuelle et le solutionnisme technologique. Prenons conscience des multiples dimensions qui caractérisent ces surcharges informationnelles : sociale, culturelle, organisationnelle, environnementale etc.
Quatrièmement, nous insistons sur la régulation collective. Il est essentiel de déployer à différents niveaux, des espaces dédiés au dialogue professionnel à plusieurs échelons. Ces derniers permettront à chacun de discuter de ses pratiques de communication et de définir collectivement des règles adaptées aux réalités du terrain.
Enfin, nous invitons les organisations à acter de la nature évolutive des environnements de travail numériques : il est temps de passer de démarches ponctuelles à un processus d’amélioration continue de la communication et de la collaboration responsable.
Seule une approche globale, fondée sur la compréhension des situations de travail et qui prend appui sur des données, du dialogue et de l’écoute, peut permettre de tirer avantage des outils numériques et de limiter leurs effets indésirables. Gardons en tête que la qualité de nos organisations dépend d’ores et déjà de moins en moins de notre capacité à produire toujours plus d'informations, et de plus en plus de notre capacité à leur donner du sens.
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(*) Signataires :
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