OPINION. « S’adapter ou subir, le prochain mandat municipal sera climatique ou ne sera pas »
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Louis Raynaud de Lage
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Par Louis Raynaud de Lage, Senior Manager Impact & Durabilité chez Bartle
À Dunkerque, comme sur d’autres portions du littoral français, l’érosion et la submersion marine menacent déjà des quartiers et parfois des communes entières. En Outre-mer, les municipalités vivent sous la menace récurrente des cyclones et des tempêtes tropicales, dont l’intensité pourrait encore augmenter avec le réchauffement des océans. Chez les élus du quart sud-est de la France hexagonale, un autre risque s’impose : celui de manquer d’eau.
Ainsi, la question climatique s’est imposée dans le débat local. Quel que soit leur bord politique, les personnes qui viennent d’être élues seront confrontées durant leur mandat à ses conséquences concrètes. En effet, plus d’un tiers des maires anticipent des tensions sur l’eau, 18 millions de Français vivent en zone inondable et, chaque année, près de 6 000 communes sont reconnues en catastrophe naturelle.
L’adaptation n’est donc plus une option, d’autant que les conséquences du changement climatique sont appelées à s’accentuer dans les années à venir. Le réchauffement atteint près de +1,9 °C dans l’Hexagone et pourrait s’élever à +4 °C d’ici la fin du siècle.
Dans un tel scénario, nos villes pourraient connaitre jusqu’à deux mois de canicule, des sécheresse plus longues et une augmentation de la fréquence des inondations.
Ces aléas climatiques auront des conséquences très concrètes pour les territoires : écoles invivables lors des canicules, tensions entre parties prenantes sur la ressource en eau, infrastructures fragilisées par le retrait-gonflement des argiles, ou encore urbanisme littoral soumis à l’érosion du trait de côte et aux submersions marines.
En l’absence d’inflexion, ces impacts pourraient coûter à la France 11,4 points de PIB à horizon 2050, selon la Cour des Comptes.
Pourtant, la réponse des communes reste aujourd’hui insuffisante.
Le premier obstacle est lié à un manque de priorisation du risque climatique. Seul un maire sur deux a l’intention de traiter la question climatique dans son futur programme municipal, d’après la Fondation Jean Jaurès.
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Le second est lié à l’ignorance des instruments financiers et techniques disponibles : 62% des élus locaux déclarent rencontrer des difficultés financières pour réaliser les aménagements nécessaires pour prévenir les risques climatiques.
Le troisième est lié au manque d’anticipation. Beaucoup de décisions d’aménagement continuent d’être prises en fonction du climat passé et non du climat futur. Or une route, une école ou un réseau d’eau sont conçus pour durer plusieurs décennies. Construire aujourd’hui sans intégrer les conditions climatiques à venir revient à créer les vulnérabilités de demain.
Des solutions existent pourtant, portés par La Banque des Territoires, qui déploie des solutions de prêt, et d’ingénierie à destination des collectivités, l’ADEME ou le Cerema qui produisent de nombreuses ressources pour l’adaptation des territoires.
Certaines communes s’en sont heureusement déjà saisies.
Sur la presqu’Ile de Gâvres en Bretagne, la restauration du cordon dunaire s’accompagne d’une révision des documents d’urbanisme pour intégrer durablement les risques liés au recul du trait de côte et aux submersions.
Aux Mureaux, dans les Yvelines, la ville a adopté une logique de « ville éponge », fondée sur la gestion naturelle de l’eau : réouverture de cours d’eau, création de 25 hectares d’espaces verts, déploiement de noues et de toitures végétalisées.
À Marguerittes, dans le Gard, la lutte contre les îlots de chaleur passe par une végétalisation participative des rues du centre ancien : plantations en pied de façade et choix des emplacements par les habitants. Pour un coût très limité, la commune recrée des microclimats urbains tout en impliquant directement les riverains.
Ces expériences montrent que l’adaptation n’est pas seulement une politique de gestion des risques. Elle peut devenir une stratégie territoriale : repenser les villes pour les rendre plus habitables, plus résilientes et souvent plus agréables à vivre.
Les maires élus en 2026 auront à conduire une transformation profonde de leur territoire. Qu’ils le veuillent ou non, leur mandat sera celui de l’adaptation.
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(*) Louis Raynaud de Lage est diplômé de l'ESSEC avec une spécialisation en innovation sociale. Il a plus de 10 ans d'expérience professionnelle dans l'accompagnement des organisations sur leurs enjeux de durabilité, en cabinet de conseil et en laboratoire de recherche. Il possède une expertise particulière sur les sujets d'évaluation d'impact social et environnemental. Il est actuellement Senior manager chez Bartle où il contribue au développement de l'offre RSE du cabinet.
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