OPINION. « Bien vieillir : l’investissement face à un défi systémique »

Eric Jeanneau
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Par Eric Jeanneau, Président UMR – Groupe VYV
Face à la pression croissante sur le système de santé et les finances publiques, la question du bien vieillir ne peut plus être traitée uniquement sous l’angle social : elle devient un sujet économique majeur, qui appelle une mobilisation des acteurs de l’investissement.
Le gouvernement a annoncé, le 18 avril dernier, une conférence nationale de l’autonomie pour septembre, tandis que le plan grand âge, attendu de longue date, reste sans cesse reporté. Ce signal illustre une difficulté persistante à structurer une réponse à la hauteur du défi que nous traversons.
Car la France entre dans une phase d’accélération du vieillissement. D’ici 2050, plus d’un quart de la population aura plus de 65 ans, avec une progression très marquée du nombre de personnes en perte d’autonomie. Ce basculement exerce une pression croissante sur le système de santé et pose un défi de financement pour notre modèle social.
Il concerne déjà un écosystème humain d’ampleur : plus de 10 millions de proches aidants, des professions du lien et du soin qui devront recruter massivement mais qui sont aujourd’hui confrontés à une crise d’attractivité, et de nouveaux métiers à créer pour accompagner des parcours de vieillissement de plus en plus hétérogènes.
Cette problématique reste trop souvent abordée de manière fragmentée et négative, centrée uniquement sur la dépendance plutôt que sur les conditions permettant de transformer notre société pour faire de la longévité une conquête sociale.
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Le vieillissement ne peut plus être considéré comme un simple coût. Il constitue une transformation structurelle, qui appelle une approche globale, coordonnée et inscrite dans le temps long.
Présentée en 2023, la stratégie nationale « Bien vieillir 2030 » marque une avancée importante. Elle fixe deux priorités : prévenir la perte d’autonomie et lutter contre l’isolement. Ce changement d’approche est essentiel. Il reconnaît que bien vieillir repose sur un continuum d’actions, de la prévention à l’accompagnement des parcours de vie.
Pour autant, une limite demeure : les moyens publics ne suffiront pas à répondre seuls à l’ampleur des besoins. Le passage à l’échelle suppose donc de mobiliser un levier encore insuffisamment activé, et pourtant incontournable : l’investissement privé de long terme. Les investisseurs institutionnels (assureurs, banques, gestionnaires d’actifs…) ont ici une responsabilité qui va au-delà du rendement : celle d’orienter leurs actifs vers des besoins structurels auxquels notre société doit faire face.
Car derrière le bien vieillir se dessine tout un écosystème économique (habitat adapté, services, technologies, infrastructures…) qui nécessite des financements de long terme, capables d’accompagner des modèles encore émergents et de répondre à des besoins très différenciés selon les publics et les territoires.
C’est ici que l’investissement à impact peut jouer un rôle déterminant. Appliqué au bien vieillir, il permet d’orienter l’épargne vers des solutions concrètes, tout en répondant à des besoins structurels et durables.
Cela suppose de dépasser une logique d’affichage pour bâtir une approche systémique, capable de coordonner les différentes classes d’actifs, de mobiliser l’ensemble de l’écosystème et de répondre durablement aux besoins des seniors, des proches aidants et des professionnels du lien et du soin.
L’enjeu est dès lors d’ancrer ces démarches dans une logique d’impact réelle, fondée sur l’intentionnalité des investissements, leur capacité à produire des effets concrets et l’évaluation des résultats obtenus. Les indicateurs doivent ainsi être reliés aux impacts effectivement observés chez les bénéficiaires.
Les acteurs de l’épargne retraite devraient être les premiers à orienter leurs actifs vers le bien vieillir. Ils accompagnent par nature leurs adhérents sur le long terme et sont directement liés aux conditions dans lesquelles cette épargne sera mobilisée, au moment de la retraite et du grand âge. Il ne s’agit plus d’une option parmi d’autres, mais d’une responsabilité inhérente à leur mission.
Dans ce contexte, certains acteurs explorent des stratégies novatrices visant à structurer des approches d'investissement dédiées au bien vieillir, en mobilisant l'épargne de long terme au service de cet enjeu à la fois sociétal et économique ; à l'image de l'UMR, qui engage 350 millions d'euros entre 2025 et 2030, répartis entre quatre classes d'actifs : actions cotées, immobilier, capital-investissement et dette privée.
À l’heure où les grandes transformations démographiques redéfinissent les besoins collectifs, l’investissement à impact ne peut plus rester en marge. Il devient un levier central pour organiser les conditions d’un vieillissement digne, autonome et inclusif.
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(*) Eric Jeanneau est vice-président MGEN et il est également président de l'UMR depuis 2017. Membre du Bureau de la Mutualité Française, il est également administrateur du Groupe VYV.Entre 2009 et 2015, il a été délégué de section, puis directeur de section avant de devenir administrateur en 2013, puis délégué national assurances et couvertures mutualistes en avril 2024.Agrégé de sciences sociales (1995), ancien professeur de sciences économiques et sociales, Eric Jeanneau est également détenteur d'une maîtrise d'économie appliquée, d'un DEA d'économie des institutions, de deux master 2 "Droit des ressources humaines et protection sociale", "Gouvernance mutualiste".
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