OPINION. « Pilote augmenté et cockpit du futur : vers une conscience situationnelle optimisée à l’ère des avions connectées et des drones »

Thierry Daubos
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Par Thierry Daubos, Scientific Coordinator LAB Insights chez Scalian.
Mesurer en temps réel la conscience situationnelle du pilote devient un enjeu stratégique : celui du cockpit du futur, où le pilote augmenté s'impose comme le chef d'orchestre d'un système de combat hyperconnecté.
Depuis des décennies, le combat aérien ne cesse de se complexifier. Les nouveaux avions de chasse apportent leur lot de nouvelles technologies. Prenons l’exemple, des systèmes de combat intégrant des chasseurs de 6ème génération (SCAF, GCAP), l’avion de chasse ne sera plus un système isolé mais au cœur d’un écosystème connecté : drones d’escorte (loyal wingmen), radars, brouilleurs… Toutes ces données sont ensuite centralisées en temps réel dans un cloud de combat.
Résultat pour le pilote : un flux d’information important, voire difficile à absorber. Car plus les systèmes sont puissants, plus le risque de saturation est grand. Dans un environnement plus dynamique et plus exigeant au niveau cognitif, il faut être capables de savoir quelles informations transmettre au pilote, au bon moment. Les conflits récents, notamment en Ukraine, illustrent cette évolution, l’usage massif de drones et un affrontement très souvent dématérialisé transforment profondément la conduite des opérations.
Le rôle du pilote est transformé, il devient un chef d’orchestre chargé d’arbitrer, de prioriser et de décider. Mais encore faut-il lui en donner les moyens, d’où la nécessité, désormais de mesurer en temps réel la conscience situationnelle du pilote.
La conscience situationnelle, c'est la capacité du pilote à intégrer en temps réel ce qui se passe autour de lui : un chasseur ennemi qui apparaît, une batterie sol-air non détectée au briefing, une menace qui se déplace. Des informations critiques qu'il doit retenir, actualiser et hiérarchiser en permanence, sans jamais perdre le fil de la mission.
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Jusqu’à présent, cette dimension restait difficile à jauger. Elle dépend de nombreux facteurs : niveau d’expérience, fatigue, stress, charge de travail… Autant d’éléments qui varient d’un pilote à l’autre, mais aussi d’un moment à l’autre pour un même individu.
C’est précisément sur ce terrain que s’inscrivent les travaux de recherche portant sur l’analyse de signaux biométriques, et en particulier oculaires : dilatation pupillaire, mouvements du regard, temps de fixation. Autant d’indicateurs indirects de l’activité cognitive.
Aujourd’hui, c’est toujours en cours de raffinement, mais croisées, analysées et contextualisées, ces données ouvrent la voie à une lecture dynamique de la capacité d’un pilote à absorber l’information au moment où elle lui est présentée. Reste alors à transformer cette capacité de mesure en levier opérationnel : comment l’intégrer concrètement dans les systèmes pour améliorer la prise de décision sans dénaturer le rôle du pilote ?
Si ces avancées laissent entrevoir ce que pourrait être le cockpit du futur, le déploiement et la réussite reposent sur trois conditions essentielles.
Le futur du combat aérien repose sur une symbiose entre technologies avancées et intelligence humaine. La mesure fine de la conscience situationnelle par biométrie et IA ouvre la voie à un pilote augmenté, capable de gérer un flux d’informations décuplé sans surcharge. Reste à franchir les étapes scientifiques, techniques et éthiques pour faire émerger un cockpit du futur où l’humain reste au centre, éclairé par une intelligence fiable et explicable. La France, bien que confrontée à une forte compétition internationale, peut s’appuyer sur ses expertises pour rester un acteur clé de cette révolution stratégique.
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(*) Thierry Daubos (PhD) est coordinateur scientifique R&D chez Scalian. Spécialisé dans le développement d’algorithmes innovants en IA et machine learning, il intervient sur des problématiques de recherche appliquée, notamment à l’interface entre simulation, analyse de données et systèmes intelligents. Son parcours l’amène à contribuer à des projets technologiques exigeants, avec une attention particulière portée aux usages opérationnels de l’intelligence artificielle sur des thématiques liée à la défense.
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