OPINION. « Transition énergétique : le vrai chantier commence »
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Dominique Bussereau
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Par Dominique Bussereau, ancien Ministre, Président d’Équilibre des Énergies
Jusqu’à présent, nos décideurs européens et français se sont surtout confrontés à la première phase de ce processus : s’assurer de la prise de conscience collective des enjeux climatiques et inscrire la stratégie de décarbonation dans la loi. La Commission européenne comme le gouvernement français se sont appuyés sur un discours galvanisant : émergence d’une économie et d’une industrie, dont l’Europe pionnière récolterait les fruits.
Aujourd’hui ce discours peine à conserver sa vigueur face aux effets, pour certains décevants, voir négatifs.
L’énergie est redevenue un fait politique central. Elle conditionne à la fois la souveraineté des États, la compétitivité des entreprises et le pouvoir d’achat des citoyens. Les États-Unis ont fait le choix de déconstruire une large part de leur politique de transition énergétique, privilégiant une logique de puissance et de compétitivité à court terme, provoquant un recul climatique. Pourtant, il n’est ni possible ni souhaitable d’opposer transition climatique et efficacité économique. Il est primordial de fixer un cap clair, sécuriser l’investissement et laisser aux acteurs industriels la responsabilité d’innover.
Dans ce cadre, les grandes entreprises jouent un rôle déterminant. Elles investissent dans la durée, assurent la continuité des infrastructures et contribuent directement à la croissance économique. Encore faut-il leur offrir un environnement stable, lisible et technologiquement neutre. À la puissance publique de définir les objectifs ; aux acteurs économiques de choisir les solutions.
Les discours enchanteurs laissent aujourd’hui la place à d’autres, plus difficiles mais plus réalistes, sur les moyens que nous avons à mettre au service de notre ambition et face à des acteurs internationaux à qui nous avons trop longtemps délégué nos responsabilités énergétiques et industrielles.
A défaut de s’imposer dès à présent en leader des nouvelles technologies de transition, l’Europe se tourne vers les forces dont elle dispose et qu’elle peut mobiliser pour poursuivre son effort de décarbonation tout en contenant, autant que possible, le coût pour ses citoyens et entreprises.
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Le projet d’électrification que porte désormais la Commission européenne s’inscrit dans cet objectif. En exploitant la résilience de notre système électrique et l’universalité de l’application de l’électricité nous pouvons décarboner les bâtiments, les transports et l’industrie, sans nous rendre vassaux de puissances extérieures et de leurs ressources énergétiques.
Ce nouvel acte de la transition n’en est encore qu’à ses prémisses et les obstacles politiques à surmonter pour permettre son déploiement ne doivent pas être sous-estimés. Leur résolution exigera de s’écarter de certains piliers historiques de la doxa européenne, comme le rejet de l’électricité d’origine nucléaire et de la réduction des consommations énergétiques.
La France, qui a depuis longtemps placé l’électricité décarbonée au cœur de son système énergétique, est appelée à jouer un rôle important dans ces discussions. Elle se doit d’être présente à Bruxelles, malgré ses difficultés internes, pour rassembler et construire avec les autres Etats membres la feuille de route de cette nouvelle phase du projet climatique européen.
À l’approche des échéances électorales de 2027, l’engagement de nos dirigeants doit s’ancrer dans une ambition claire : une France forte en Europe et lucide sur les effets de la transition énergétique.
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