OPINION. « Ce que la fuite des entrepreneurs révèle du malaise français »
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Guillaume Rostand
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Par Guillaume Rostand, président de la French Tech Barcelone
On parle beaucoup de fuite fiscale. Trop peut-être. Car à force de scruter les chiffres, les taux et les classements, on oublie l’essentiel : ce n’est pas l’impôt que fuient les entrepreneurs, c’est le déclassement.
En quelques années, notamment dans la tech, nous sommes passés d’un sentiment que tout était possible à un constat amer que tout se complique. La France vibrait encore d’énergie entrepreneuriale. Nous étions la "Startup Nation", ce pays qui osait célébrer ses créateurs d’entreprises.
Aujourd’hui, ce rêve semble appartenir à une autre époque.
Le débat public s’enlise dans des discussions sur des taxations souvent incompréhensibles. Mais cette focalisation masque la vraie blessure : ce pays que nous aimons ne donne plus envie. Ni de l’intérieur, où l’on étouffe sous la complexité et la défiance, ni de l’extérieur, où notre image s’est dégradée.
Nous pouvons blâmer ceux qui partent, les accuser d’égoïsme ou de manque de solidarité. Pourtant, la plupart ont tout tenté pour bâtir leur projet en France. Ils ont embauché, innové, pris des risques. Ils partent non par rejet, mais parce qu’ils ne se reconnaissent plus dans un système qui décourage l’initiative et entretient la méfiance envers la réussite.
La preuve ? L'exemple de la Catalogne, qui est loin d’être un paradis fiscal. Pourtant, la population d’entrepreneurs français de la tech y a été multipliée par cinq en six ans. Ce qui les attire ici, ce n’est pas l’optimisation fiscale : c’est la possibilité de construire, de se sentir soutenu et de retrouver une qualité de vie qui redonne de l’énergie.
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Ils fuient l’incertitude, pas la patrie. L’impossibilité de se projeter, l’instabilité des règles, le sentiment que réussir est devenu suspect. Ils fuient un pays qui semble avoir perdu foi en lui-même.
A Barcelone, de nombreux entrepreneurs français ont afflué ces dernières années. Tous racontent la même chose : ils ne sont pas épuisés par le travail, mais par la bataille permanente qu’il faut livrer pour simplement exister. Cette imprévisibilité constante : une règle qui change, une taxe qui surgit, un débat médiatique qui transforme l’entrepreneur en coupable, use plus sûrement que la concurrence.
Et pourtant, aucun n’a cessé d’aimer la France. Ils parlent français entre eux, suivent l’actualité du pays, éduquent leurs enfants dans notre langue. Ils ne sont pas partis par désamour, mais par nécessité.
Et tous posent la même question : « Tu crois que ça va changer un jour ? »
Beaucoup aimeraient pouvoir répondre que oui. Que la tech qu’ils ont bâtie peut être une partie de la solution : simplifier le maquis administratif, moderniser l’État, rendre l’action publique plus efficace. Les outils existent, les compétences aussi.
Ce qui manque, c’est la volonté politique de s’en saisir. Le courage de choisir la simplification plutôt que l’empilement, l’efficacité plutôt que le contrôle, la confiance plutôt que la suspicion.
Quand la France retrouvera ce courage, quand elle recommencera à croire en ceux qui entreprennent, alors ils reviendront. Pas pour des raisons fiscales, mais parce que, malgré tout, la France reste leur plus belle idée.
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(*) Guillaume Rostand est président de la French Tech Barcelone, où il observe depuis plus de quatorze ans les mouvements d’implantation des entrepreneurs français en Europe. Acteur central de l’écosystème tech franco-espagnol, il décrypte les tendances d’attractivité, les dynamiques d’exil entrepreneurial et l’impact des politiques publiques sur l’innovation. Expert de l’écosystème tech et entrepreneurial européen, Guillaume apporte un éclairage précis sur les tendances qui transforment le marché.
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