La France et la diplomatie du dilemme. L’édito de Bruno Jeudy sur la guerre au Moyen Orient

La chronique municipales de Bruno Jeudy.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI

La chronique municipales de Bruno Jeudy.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI
Une semaine après le déclenchement de l’offensive israélo-américaine contre l’Iran, la France marche sur un fil. Elle oscille entre prudence stratégique et impuissance assumée. Dans cette séquence de haute tension, Emmanuel Macron tente d’endosser le rôle du médiateur, capable de parler à tous. Une ambition classique de la diplomatie française. Mais dans un monde redevenu brutal, la parole de l’intermédiaire risque surtout de se perdre dans le vacarme des canons.
Le président de la République a d’abord été tenu à distance du déclenchement des frappes. Preuve, s’il en fallait une, du déclassement relatif de Paris dans les cercles de décision. Puis Donald Trump a fini par lui téléphoner, geste diplomatique minimal mais aussitôt interprété à l’Élysée comme la confirmation d’être utile. Dans le même temps, à Paris, on assure que « les canaux avec l’Iran restent ouverts ». Une ligne d’équilibre, fragile par nature. À vouloir parler à tout le monde, la France court le risque de n’être vraiment écoutée par personne.
Le dilemme est ancien. Nostalgique d’une grandeur gaullienne où le siège permanent au Conseil de sécurité garantissait une capacité d’influence, le Quai d’Orsay se heurte désormais à la réalité d’un monde dominé par des rapports de force plus crus. L’indépendance stratégique française, si souvent invoquée, relève-telle encore d’une politique ou déjà d’une posture ? Certes, Paris ne s’aligne pas systématiquement sur Washington, à la différence de Londres. Certes, nos grandes entreprises ont longtemps parié sur l’ouverture de l’Iran : Total, Peugeot ou Airbus avaient investi et noué des partenariats prometteurs. Mais lorsque les sanctions américaines sont tombées, la réalité économique a parlé : tous ont plié bagage.
Cette contradiction résume la situation actuelle. Emmanuel Macron se retrouve face à une mission presque impossible : maintenir une position d’équilibre dans un conflit qui exige des choix clairs. La guerre n’aime pas les nuances. L’allocution télévisée du chef de l’État, sobre et pédagogique, a été saluée jusque dans l’opposition. Elle a rappelé la ligne française : dialogue, désescalade, diplomatie. Néanmoins, ces mots suffisent-ils dans un contexte international dominé par la polarisation et la brutalité ? À vouloir ménager tous les protagonistes de la crise, Paris risque surtout de susciter la méfiance générale. Les alliés arabes observent une France qui prône le dialogue avec Téhéran tout en vendant des armes aux Émirats ou à l’Arabie saoudite. Les dirigeants iraniens, eux, voient dans Paris un vassal des États-Unis déguisé en médiateur.
Quant à Donald Trump, il juge Emmanuel Macron naïf face aux ambitions régionales de l’Iran et à ses relais du Hezbollah. Aussi abrupts qu’excessifs, les mots du président américain traduisent une réalité difficile à contester : la France est devenue une puissance moyenne dans un monde dominé par des empires stratégiques. Le pays de Talleyrand peut encore proposer, dialoguer, convaincre parfois. Il ne décide plus vraiment.
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L’opinion publique française l’a d’ailleurs compris. Elle ne voit pas très bien quels bénéfices justifieraient une implication plus directe dans cette guerre. Entre prudence et résignation, la France semble condamnée à commenter les soubresauts du monde plus qu’à les orienter.
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