OPINION. « Attentats de Bruxelles: dix ans plus tard, une menace qui persiste »
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Sébastien Boussois
Jan Brouckaert
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Sébastien Boussois
Jan Brouckaert
Par Sébastien Boussois, docteur en sciences politiques (*)
Le 22 mars 2016 n’était pas un épisode isolé pour Bruxelles et il faisait suite à une longue série d’attentats en Europe, en France, en Espagne, en Grande-Bretagne ou en Allemagne. Il s’inscrivait dans une stratégie portée par Daech, qui visait l’Europe pour des raisons à la fois opérationnelles et symboliques. Bruxelles concentrait plusieurs cibles stratégiques au déjà d’être une poche de repli pour la fameuse filière Abaaoud qui avait frappé Paris quatre mois plus tôt : institutions européennes, présence de l’OTAN, rôle de la Belgique dans les coalitions engagées au Moyen-Orient. Le choix de la ville relevait d’une logique politique assumée, avec derrière les attaques une organisation structurée, des relais, un terreau fertile de radicalisation pour les recruteurs, des soutiens logistiques et une forme de parrainage militaire indirect depuis la Syrie.
Penser que cette période appartient au passé serait une erreur. Les formes ont changé, mais la dynamique de fond demeure. Ce qui s’est joué à Bruxelles n’a pas disparu, cela s’est transformé.
La disparition du “califat” territorial de Daech en 2018 n’a pas mis fin à l’idéologie. Elle s’est diffusée, adaptée et recyclée. Une idéologie ne meurt jamais vraiment. La menace aujourd’hui ne repose plus uniquement sur des réseaux organisés, mais sur des trajectoires individuelles, souvent alimentées par des contenus en ligne, alimentés par un océan de haine et de violence.
La transformation est nette. On est passé d’un terrorisme structuré, avec une organisation centrale et des formes de soutien quasi militaires, à un terrorisme plus individualisé. Ce que l’on a appelé le “loup solitaire”. Mais cette expression est trompeuse en réalité. Car dans la plupart des cas, ces individus ne sont pas réellement seuls. Ils s’inscrivent dans un cadre idéologique, se rattachent à une organisation, à un récit, à une cause qui dépasse leur trajectoire personnelle. Ils ne sont pas isolés, ils sont connectés autrement.
Les attentats coordonnés ont laissé place à des logiques plus diffuses, avec des profils parfois sans lien opérationnel direct avec une organisation, mais inscrits dans une même matrice idéologique. Cela rend la détection plus complexe et les passages à l’acte plus difficiles à anticiper.
Le contexte international actuel renforce ces dynamiques. Les tensions au Moyen-Orient, les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, le risque d’escalade entre Téhéran, Washington et Tel-Aviv contribuent à installer un climat de confrontation durable. Cette situation est exploitée sur le plan idéologique par différentes mouvances radicales. Elle alimente un discours récurrent : celui d’un Occident en guerre contre le monde musulman. Ce récit, simplificateur mais efficace, continue de structurer une partie des processus de radicalisation dont les premières victimes adhèrent immédiatement à cette perception binaire du monde.
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Le risque aujourd’hui ne repose plus principalement sur des cellules organisées, mais sur des individus qui se radicalisent de manière autonome. Mais rien ne permet de dire à ce jour, s’il n’existe pas encore vraiment des cellules dormantes qui œuvreraient pour le compte de Daesh ou de l’Iran islamique et qui serait prêt à être activées pour semer le chaos en Europe
La radicalisation est souvent progressive, sans encadrement direct, avec des logiques d’enfermement dans des discours de rupture et de confrontation et qui peut se déclencher à l’occasion d’un fait d’actualité aussi violent que la guerre qui se passe actuellement au Moyen-Orient. Cela produit des profils plus difficiles à identifier en amont car on estime en général, le basculement des profils radicalisés dans l’extrême violence a seulement 10 %.
Dans ce contexte, certaines périodes restent sensibles. La fin du Ramadan fait partie de celles qui nécessitent une vigilance accrue, non pas pour des raisons religieuses, mais en raison de l’instrumentalisation qu’en ont faite par le passé des organisations terroristes. Le principal enjeu réside dans la capacité de ces dynamiques à produire des passages à l’acte isolés, motivés par des logiques de vengeance ou d’identification à une cause globale. La menace est moins structurée, mais elle reste réelle. La montée des actes antisémites actuellement n’est pas par hasard en Europe.
En France, les services de renseignement considèrent que le niveau de menace reste élevé. L’attention se porte toujours en particulier sur les profils isolés et les processus de radicalisation en ligne. Les dispositifs ont été renforcés depuis 2015, mais ils s’inscrivent dans une logique de gestion d’un risque durable. Les autorités soulignent la persistance d’un environnement idéologique actif, alimenté par des contenus accessibles et des réseaux informels. D’autant que l’État islamique et l’Iran sont extrêmement prolifiques en terme de communication sur les réseaux. Les tensions internationales ont donc un impact direct sur le niveau de vigilance. La capacité de certains individus à se rattacher rapidement à des causes extérieures renforce cette instabilité car il y a une forte dose d’opportunisme dans ses profils. La simple image de la mort sur les chaînes d’information en continu peut déclencher le passage à l’acte.
En Belgique, l’Organe de coordination pour l’analyse de la menace (OCAM) maintient également un niveau d’alerte significatif. Le pays reste marqué par les filières djihadistes des années 2010 et par certaines fragilités structurelles. Là aussi, la mutation vers des profils plus individualisés, mais idéologiquement connectés, constitue le principal défi.
La situation dans les deux pays est comparable : une menace moins visible qu’au milieu des années 2010, mais plus diffuse. Elle impose une adaptation constante des dispositifs de sécurité et de renseignement. La pire erreur serait de relâcher l’attention surtout en ce moment.
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(*) Docteur en sciences politiques, chercheur monde arabe géopolitique relations internationales, directeur de l’Institut Géopolitique Européen (IGE), associé au CNAM Paris (Équipe Sécurité Défense), à l’Observatoire Géostratégique de Genève (Suisse). Consultant médias et chroniqueur.
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