LA TRIBUNE DIMANCHE - Vous êtes historien comme Marc Bloch et son père. Était-ce une évidence ?
MATIS BLOCH - Après avoir hésité entre le droit et l’histoire, j’ai opté pour le droit, donc ce n’était pas une évidence ! [Sourire.] Mais, au fur et à mesure de mes études, je me suis réorienté vers l’histoire via le droit, la science politique. J’ai toujours aimé l’histoire… Il doit y avoir quelque chose de familial. Mais j’ai fait le choix de ne pas étudier les mêmes périodes que mes prédécesseurs : l’Antiquité pour Gustave, l’histoire médiévale pour Marc. Mes travaux portent sur l’histoire contemporaine, donc on ferme le cercle. Mais j’ai un parcours très interdisciplinaire, comme mon arrière-grand-père.
Est-ce une pression supplémentaire, que son arrière-grand-père ait marqué à ce point cette discipline ?
J’ai commencé mon métier d’historien au moment de l’annonce de la panthéonisation, donc avec cette double exposition. Porter la mémoire d’un historien, pour moi, c’est un peu aussi faire de l’histoire, et je ne vais pas dissocier les deux. C’est une pression, mais aussi une chance.
« En acceptant cette panthéonisation, on donne aussi un peu de Marc Bloch à la nation », dites-vous. Votre arrière-grand-père était très pudique… Est ce difficile ?
Oui. C’est compliqué. Nous n’avons pas tous, dans la famille, la même vision des choses. On a une certaine pudeur : nous n’avons jamais donné de photos de famille aux Archives nationales. Mais c’est une question qu’on s’est posée et qui se pose encore. Mon rôle d’héritier, c’est une balance permanente entre l’intérêt général de faire connaître Marc Bloch et l’intimité des morts, qui est quelque chose qui – surtout quand on est historien – touche beaucoup. Cette balance permanente entraîne des doutes, parfois. Mais nous avons pensé qu’il y avait un intérêt national à cette panthéonisation qui allait au-delà de la personne de Marc Bloch.