ENTRETIEN – Le réalisateur espagnol, pour la septième fois en compétition à Cannes, présente don nouveau film, « Autofiction », qui décrit, dans une vertigineuse mise en abyme, le processus de création. Pour, enfin, remporter la Palme ?C’est en habitué du tapis rouge cannois que Pedro Almodóvar revient cette année au Festival. Même si le cinéaste emblème de l’Espagne n’a jamais remporté la récompense suprême de la Palme d’or, il a déjà foulé la scène du Palais pour le prix de la mise en scène en 1999 avec Tout sur ma mère et celui du scénario pour Volver en 2006 (film qui a également permis à Penélope Cruz de remporter le prix d’interprétation féminine) ou encore en 2019 quand Antonio Banderas a reçu le prix d’interprétation masculine pour Douleur et gloire.
Après avoir fait un détour par les États-Unis pour le beau et crépusculaire La Chambre d’à côté, avec Julianne Moore et Tilda Swinton (Lion d’or à la Mostra de Venise 2024), le cinéaste retrouve aujourd’hui l’Espagne et sa langue maternelle pour mieux plonger dans une autofiction plus introspective que jamais.
Avec Autofiction (Amarga Navidad en version originale soit « Noël amer »), sélectionné en compétition officielle, le réalisateur interroge à nouveau (comme il avait commencé à le faire dans Douleur et gloire) le processus de création et l’origine de son inspiration, dans une mise en abyme brillante et vertigineuse. Un grand et bon cru d’Almodóvar qui, à 76 ans, se regarde en face et sans fard tout en portant son art toujours plus haut.
LA TRIBUNE DIMANCHE – Ce film parle d’un cinéaste en crise d’inspiration… Vous n’aviez donc pas tout dit avec Douleur et gloire en 2019 ?
Oui, je crois que je devais en parler à nouveau ! Douleur et gloire pointait surtout la douleur physique des personnages alors qu’ici elle est davantage mentale, morale et spirituelle, ce n’est pas exactement pareil. Le mal de cet auteur lui vient de la frustration qu’il ressent à ne pas trouver une histoire qui lui plaise pour écrire son prochain film. C’est un type de douleur très intense… D’ailleurs, il avoue à un moment du film que les cinq ans qu’il vient de passer sans inspiration ont été pour lui comme une agonie. On peut dire que ces deux films forment un diptyque.