L’invasion russe de 2022 a servi d’électrochoc pour le Vieux continent, le poussant à une mutation en profondeur. Mais le rythme des changements demeure lent.Le 14 février, devançant de quelques jours « l’anniversaire » de la guerre en Ukraine, Ursula von der Leyen soulignait combien quatre années de conflit avaient poussé le Vieux Continent à revoir tous ses paradigmes. « L’Europe doit passer à la vitesse supérieure et assumer ses responsabilités, affirmait la Présidente de la Commission devant les participants à la Conférence de Munich sur la sécurité. Depuis, certaines lignes ont été franchies, sans retour en arrière possible. » L’invasion russe de son voisin, à laquelle s’est ajouté le retour tonitruant de Donald Trump à la Maison-Blanche, a servi d’électrochoc aux Vingt-Sept.
Le réarmement du Vieux continent est la partie la plus visible de cette mutation. En Allemagne, le budget militaire annuel devrait atteindre 150 milliards d’euros d’ici 2029, soit le double de celui de la France. Une révolution. La Pologne, quant à elle, consacre 4,3 % du PIB à son budget militaire, un record dans l’UE.
Certes, la dépendance à l’égard des États-Unis, dans la fourniture d’armement mais aussi de renseignements, n’a pas disparu. Mais un mouvement est enclenché. Il s’accompagne de transformations de fond du Vieux continent. « L’Union est passée d’une politique étrangère basée sur l’influence et l’attraction à une géopolitique du rapport de force », écrivait, dès 2023, Cyrille Bret, chercheur associé à l’Institut Jacques-Delors. Depuis 2022, Bruxelles a ainsi pris pas moins de vingt paquets de sanctions contre Moscou.
Des réflexes nationalistes
Autre exemple : la constitution d’une Coalition des volontaires à dominante européenne, qui, en cas d’accord entre le Kremlin et Kiev, aura pour mission de garantir le respect du cessez-le-feu. Enfin, l’UE montre aussi qu’elle est capable de leadership : alors que les États-Unis ont réduit drastiquement leur soutien à l’Ukraine, elle est parvenue à prendre le relais en octroyant à Kiev un prêt de 90 milliards d’euros.