ENTRETIEN — Le metteur en scène signe « Maldoror », le spectacle d’ouverture de la cour d’honneur samedi soir. On entendra la langue de Lautréamont, mais surtout les écrits cruels du Chilien Roberto Bolaño.On le rencontre bien en amont des premières représentations d’Avignon. Aux Ateliers Berthier, début juin. C’est là que le directeur de l’Odéon-Théâtre de l’Europe répète ce qui se profile comme l’événement de la 80e édition du Festival : dans la cour d’honneur du palais des Papes, dès le premier soir, le 4 juillet, on découvrira Maldoror. Non pas une adaptation pour la scène des Chants de Maldoror d’Isidore Ducasse, comte de Lautréamont. Cette œuvre unique, violente, dérangeante, mystérieuse, ne saurait seule être transmuée en matière dramatique. Julien Gosselin l’a compris.
Cet artiste de pas même 40 ans offre depuis plusieurs années l’originalité de sa manière, donnant à la largeur de ses intérêts littéraires, scientifiques, sociétaux – jusqu’aux faits divers, moraux, spirituels – une cohérence profonde qui secoue tout spectateur. Avignon connaît son travail.
Il est celui qui adapta une partie des Particules élémentaires de Michel Houellebecq pour le plus grand bonheur d’un public ravi par tant de talent, de jeunesse, de jeu tonique, d’ironie, de musique en direct, de joie ! C’était en 2013. Il est celui qui fit de l’œuvre fleuve – et inachevée – de l’écrivain chilien Roberto Bolaño, 2666, une transposition ample et orchestrée entre jeu dramatique en direct ou filmé, vidéos, musiques, projection de textes, d’images, comédiens d’une virtuosité fluide, toute une syntaxe précise, aiguë, très originale. C’était il y a dix ans.
Julien Gosselin domine le paysage théâtral européen. Après 2666, il a travaillé à la Volksbühne de Berlin et monté deux grandes productions. Il a dirigé certains apprentis comédiens du Conservatoire, est le directeur du théâtre de l’Odéon.