ENTRETIEN — Raconté avec force et brio par Xavier Giannoli dans « Les Rayons et les Ombres », le sombre destin du journaliste collaborationniste Jean Luchaire offre à l’acteur l’un de ses plus grands rôles. Rencontre.Dans cette brasserie parisienne où il passe inaperçu, Jean Dujardin se prête au jeu de l’interview en toute simplicité, tour à tour souriant car c’est sa nature et grave parce que le rôle qu’il joue dans Les Rayons et les Ombres, inspiré d’un personnage de salaud ayant réellement existé et trahi en 1940, l’est. « Qu’il marche ou pas, ce film restera », pressent l’acteur. Bien conscient que la trajectoire de son personnage de tuberculeux prétendument pacifiste tend un miroir plus que troublant aux complaisances qui font le jeu de l’extrême droite aujourd’hui, il reste délibérément prudent et modeste pour commenter cet aspect du film.
Acteur chevronné et ouvert à tous les registres, il prépare déjà la suite. En mai, avec Julia Piaton pour partenaire et sous la direction de Cyril Gelblat, il repart en tournage : « Ce film devrait s’appeler Montagnes russes, c’est une dramédie plutôt qu’une comédie car je joue un prof d’histoire de l’art atteint de bipolarité. Je lis pas mal de choses là-dessus en ce moment, comme le bouquin de Nicolas Demorand que j’ai lu deux fois, un écrit sec, clinique, brutal, comme l’est la maladie… »
LA TRIBUNE DIMANCHE — Qu’est-ce qui vous a décidé à interpréter le rôle sombre de Jean Luchaire ?
JEAN DUJARDIN — Ce qui m’intéressait, c’était la complexité du personnage, ses paradoxes, comment un homme de gauche, pacifiste convaincu, s’est retrouvé dans la compromission et la trahison. Mais c’était aussi de raconter la période et de la regarder en face. Non pas dans l’idée de faire un film politique sur la collaboration, mais de raconter une histoire d’humains autour du triangle affectif et amical reliant Jean Luchaire à sa fille Corinne, et à son ami allemand Otto Abetz. La collision entre l’ambition de ce journaliste qui se perd complètement, la célébrité de sa jeune fille et la tragédie presque antique que cela produit : il y avait là tous les éléments pour en faire une fresque intime et pour comprendre, aller dans les coutures et les choses qui grattent vers la complexité.