C’est un confetti dans le nord du golfe Persique, un territoire corallien d’à peine 25 kilomètres carrés. Mais pour l’Iran, l’île de Kharg est un organe quasi vital. Y afflue par pipelines le brut qui jaillit dans les principaux champs du pays – à Ahvaz ou à Gachsaran. Du terminal pétrolier, part 90 % du brut exporté. Encore ces derniers jours, des tankers autorisés à naviguer par Téhéran y remplissaient leurs cuves. En autorisant le bombardement de ce trésor national dans la nuit de vendredi à samedi, Donald Trump a donc sciemment fait monter de plusieurs crans la température dans le Golfe, déjà très enfiévré.
D’autant que si les frappes américaines se sont « cantonnées » aux infrastructures et sites militaires de l’îlot, le président américain a très vite menacé de s’en prendre aux installations pétrolières au cas où les Iraniens refuseraient de desserrer leur étau sur le détroit d’Ormuz, par où transite habituellement 20 % du pétrole mondial.
Ce chantage peut-il fonctionner ? Aucunement, à en croire la réaction de Téhéran. Le régime des mollahs a plutôt joué la surenchère en promettant de « réduire en cendres » les sites pétroliers du Moyen-Orient liés aux États-Unis. Pour montrer qu’ils ne plaisantaient pas, ils ont demandé le samedi 14 mars à la population des Émirats arabes unis de s’écarter des ports. Peu après, celui de Fujaïrah, déjà frappé la semaine dernière, était contraint de suspendre les opérations de son terminal pétrolier après que des débris de drones ont provoqué deux incendies. Pour les monarchies du Golfe, déjà au bord de l’asphyxie économique après seulement quinze jours de conflit, cette possible guerre du pétrole serait une catastrophe. Nul doute qu’à l’échelle mondiale le cours du baril de brent, qui a déjà pris 40 % pour s’établir autour des 100 dollars, s’envolerait à nouveau.