À quoi reconnaît-on un chef de gouvernement britannique en train de sombrer ? Au nombre de ministres qui quittent le navire. À ce jeu, après la double démission jeudi 11 juin du ministre de la Défense et de celui des Forces armées, Keir Starmer devrait couler rapidement. En 706 jours d’exercice, il a vu 22 ministres mettre les voiles. Un record pour un Premier ministre à ce stade de son mandat. En claquant la porte, le ministre de la Défense, John Healey, a rendu publique une lettre d’adieu dévastatrice que certains lisent déjà comme l’épitaphe de Keir Starmer.
« Vous avez été inapte à engager les ressources dont la nation a besoin pour défendre le pays en cette période de menaces croissantes », accuse le démissionnaire. Alors qu’il comptait jusqu’ici parmi les plus loyaux, Healey révèle que les dépenses militaires britanniques n’atteindront que 2,68 % du PIB en 2030, rendant inatteignables les 3,5 % prévus pour 2035, et ce malgré les récentes déclarations du chef du renseignement britannique sur la possibilité d’une attaque de la Russie contre un pays de l’Otan dès 2030.
Surtout, la missive de Healey insiste sur l’incapacité de Starmer à trancher et à s’imposer au sein d’un gouvernement travailliste où les ministres, peu enclins à financer des dépenses militaires, ont été rares à rétrocéder une petite partie de leur enveloppe à leur collègue de la Défense. La semaine qui s’ouvre pourrait être pire encore pour Keir Starmer. Lundi 15 juin, il assistera au sommet du G7 à Évian, en présence d’un Donald Trump qui exhorte depuis des années les Européens à renforcer leur budget militaire.