« La décentralisation génère une responsabilité de logement sans moyens, un devoir sans leviers ». L’édito de Ludovic Desautez

L'édito de Ludovic Desautez.
LTD/Cyrille.george.jerusalmi

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Aux quatre coins du territoire, les mêmes dossiers s’amoncellent sur les bureaux des mairies : demandes de logements sociaux, de certificats d’urbanisme, de viabilisations de terrain, de subventions pour travaux d’adaptation… En matière d’immobilier, les maires sont directement en première ligne. Et pourtant, ces mêmes maires agissent dans un cadre qui ne leur appartient pas vraiment. La décentralisation française promettait autonomie et pouvoir local. Dans les faits, elle génère un entre-deux, une responsabilité sans moyens, un devoir sans leviers, une attente sans solutions.
Or, la contradiction devient de plus en plus sensible face à une crise du logement qui frappe désormais durement l’ensemble du territoire. Entre l’envolée des prix de l’immobilier (+ 160 % dans l’ancien depuis 2000, selon l’Insee), la pénurie de logements sociaux (2,87 millions de personnes en attente d’un logement social, selon l’Union sociale pour l’habitat) et un marché locatif anémique (un stock d’offres divisé par deux en l’espace de cinq ans, selon la Fnaim), les maires doivent gérer les urgences, même quand les décisions nationales déterminent la fiscalité, les subventions, les normes, la régulation du foncier, les quotas à respecter…
Le rapport dressé par l’Idheal, l’Institut des hautes études pour l’action dans le logement, illustre parfaitement cette dissonance, devenue un enjeu clef à une semaine des élections municipales. Selon cette enquête, réalisée sur un échantillon représentatif de 1.028 élus locaux, 62 % des maires se sentent ainsi impuissants à construire ou à rénover. Et, pour sortir de cette impasse, 64 % d’entre eux souhaitent une autonomie locale renforcée plutôt qu’une intervention accrue de l’État.
La décentralisation, telle qu’elle fonctionne aujourd’hui, atteint ses limites. Sur la question du logement, elle transforme pêle-mêle les élus locaux en médiateurs, régulateurs et boucs émissaires. Tant que cette fracture institutionnelle ne sera pas comblée, tant que responsabilité et pouvoir réel ne seront pas alignés, le « grand paradoxe de la décentralisation » continuera de peser sur le terrain.
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