LA TRIBUNE DIMANCHE – Quand vous repensez aux six dernières années, que retenez-vous ?
STÉPHANE BANCEL – Le plan de Moderna, depuis 2011, était d’investir dans l’ARN messager pour créer une plateforme utilisable dans de nombreux domaines : l’infectieux, le cancer, les maladies génétiques rares. Quand le Covid est arrivé, j’ai très vite pensé que nous allions vers une pandémie. Dès fin janvier 2020, nous avons réorganisé toute l’entreprise. L’année 2020 a été une folie : il fallait développer le vaccin, mais aussi bâtir l’outil industriel. Ce défi a été sous-estimé. Il n’existait quasiment aucune capacité de production d’ARN messager. Je me souviens d’avoir dit : « Il faut fabriquer 1 milliard de doses l’année prochaine. » On en avait fait 100 000 l’année précédente. Cela voulait dire dix mille fois plus. Et pourtant, en 2021, nous l’avons fait.
Après l’urgence, il a fallu gérer la décrue. Cela a-til été plus difficile ?
Ce n’était pas compliqué intellectuellement, mais c’était dur humainement. Les ventes Covid allaient forcément baisser très fortement. Il a fallu réduire la voilure, les effectifs, les sous-traitants, renégocier ou arrêter des accords conclus pour produire à très grande échelle. Nous avons pris au moins 2 milliards de dollars de charges liées à cette restructuration. Cela a touché aussi les partenaires qui avaient embauché des centaines de personnes.