OPINION. « Qu’est ce qui autorise les hommes ? », par Maïtena Biraben, Laura Smet, Caroline Roux et Gisèle Pélicot
Un collectif de 26 femmes lance un appel direct aux hommes pour qu’ils prennent leur responsabilité dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles.
Voici un résumé non exhaustif d’événements surgis les 30 derniers jours dans la vie des femmes. En Afghanistan, les petites filles de huit ans ont le droit de se taire et d’être mariées à des adultes, leur silence contraint valant désormais consentement. Leurs aînées, sous burkas sont abattues dans la rue au prétexte de la moralité.
Si nous aimons être horrifiées devant The Handmaid’s Tale sur Netflix, le réel nous laisse lui silencieux et immobile, ébranlé peut-être, mais la non-ingérence et l’extrémisme justifient et expliquent notre apathie. Et donc, sous nos yeux, contemporain à nos existences et en pleine conscience, il est possible, il est toléré, il est acceptable de faire de la moitié de l’humanité du bétail, au service du sadisme aléatoire de l’autre moitié.
Pourquoi et comment les gouvernements, les individus, vous, moi acceptons de vivre dans un monde où les femmes ont moins de droits que les oiseaux, où elles ne sont rien d’autre que l’objet de la haine ? Ce qui arrive aux Afghanes ne concerne qu’elles ? Ce n’est pas un crime contre l’humanité ?
En Arménie, les douaniers saisissent 136 kilos de cheveux de femmes iraniennes. 136 kilos de cheveux issus de têtes de femmes massacrées en Iran au cours des manifestations de ces derniers mois. De longs cheveux noirs coupés sur le crâne encore attaché au corps désormais sans vie, de centaines ou de milliers de femmes pour fabriquer des perruques aux États-Unis. On prélève donc leurs cheveux. Quoi d’autre ?
Pourquoi et comment ?
Qu’est-ce qui amène en mai dernier Keith Kidwell, élu républicain américain à déposer le house bill 1232, autrement appelé « permis de tuer ». Il s’agit de qualifier l’avortement de tentative de meurtre ou de meurtre de premier degré et d’autoriser à l’empêcher y compris en tuant la coupable. Cette loi prévoit de tuer une femme qui avorte. C’est isolé et irréaliste, mais cela sert à affaiblir davantage le droit à l’avortement dans le pays le plus puissant du monde.
Newsletter
La Tribune Dimanche
Chaque dimanche, l’essentiel de l’actualité économique, politique et sociétale.
Pourquoi et comment ?
Chez nous, une enfant de plus, une enfant de trop est laissée seule, abandonnée des pouvoirs publics aux hasards de sa vie. Au petit bonheur la chance, croisera ou ne croisera pas un prédateur connu, multirécidiviste et assassin !
Pourquoi et comment ?
Horrifiées, mortifiées, écœurées. Le tout au féminin, car si quelques hommes sont venus devant les palais de justice, il est légitime de se demander pourquoi ils étaient si peu. Pourquoi la déclaration de Thomas Pesquet disant face caméra que si les femmes ne font pas confiance aux hommes, c’est de leur faute nous semble si marquante parce que si isolée. Les violences faites aux femmes sont des mots dont la réalité n’intéresse personne et la mort de Lyhanna le révèle de manière radicale.
On ne prend pas la mesure. On ne veut ni les reconnaître ni même les entendre. Et ON est coupable. Si et quand elles sont vues, alors on s’en arrange : on s’organise, on prévient, on sépare. Comme ces jeunes femmes que des entreprises ou des organisations préviennent de ne pas croiser Bruel ou Poivre d’Arvor. On préfère limiter les mouvements de l'éventuelle victime, faire perdurer le stress et le risque auxquels elle s'expose plutôt que de dire non à l’éventuel agresseur.
Pour protéger la femme du risque connu, on restreint ses mouvements et possibilités, laissant la liberté, l’impunité et l’opportunité à l’homme dangereux. Dire non, confronter, empêcher, interdire, punir, restreindre l’agresseur éventuel est pourtant aussi une option. On préfère prévenir sous le manteau du danger sans faire de vagues et en espérant que ça passe. Et si ça ne passe pas, elle paiera l’addition. Celle d’avoir été une femme face un homme que l’on savait dangereux.
Pourquoi et comment ?
Le masculinisme explosesur les réseaux sociaux,au point de parlerdésormais de mobilisations idéologiques collectives. Nos garçons, nos fils, nos neveux, nos petits frères qui par centaines de milliers font frémir des services de l’État qui voit désormais en eux, une vraie menace qualifiée de terroriste. La menace masculiniste veut tuer des femmes au prétexte de la frustration. Pourquoi la série Adolescence [diffusée sur Netflix] n’a-t-elle pas vu le jour en France ? Nous avons en France dix ans de retard de politique de prévention par rapport aux pays voisins.
Pourquoi et comment ?
Pourquoi partout, les hommes attaquent-ils les femmes ? Pourquoi veulent-ils les contraindre, les réduire, les dominer, les esclavagiser, les prendre et les jeter à leur bon vouloir. Pourquoi et comment ces derniers jours, un Français se sent autorisé à violer une fillette et à la tuer ? Pourquoi et comment un jeune homme de 17 ans annonce sur ses réseaux s’apprêter à assassiner une fille de son âge, quand un autre de 23 ans poignarde son ex-petite amie de 14 ans sur la voie publique ?
Où êtes-vous quand un homme harcèle une femme dans la rue ?
Pourquoi et comment se fait-il que l’on puisse légitimement se demander, s’il n’y a que deux sortes d’hommes : ceux qui agressent et ceux qui ne font rien ? Qu’est-ce qui vous autorise Messieurs à vouloir nous posséder ou à vous taire et à laisser faire ?
Où êtes-vous Messieurs dans les manifestations ? Où êtes-vous quand un homme harcèle une femme dans la rue ? Quand vous voyez qu’une femme est inquiète, ou que l’un des vôtres se comporte n’importe comment. Où êtes-vous ? Où êtes-vous quand un homme nous traite de salope, de pute, de chaudasse ?
Comment osez-vous avoir des filles en continuant de les prévenir contre vous-même, car vous vous connaissez, plutôt que d’élever vos fils et de changer vous-même ? Où êtes-vous messieurs ? Que faites-vous ?
Jeudi 11 juin, des hommes afghans au risque de leur vie ont manifesté en soutien aux femmes afghanes. En France, vous ne risquez pas de prendre une balle dans la peau en essayant de changer votre regard sur la place de vos mères, de vos sœurs, de vos filles. Pourquoi et comment ne sont plus acceptables. Messieurs, prenez vos responsabilités.
Rejoignez-nous, questionnons-nous ensemble et n’acceptons plus. Ça suffit.