« Il y a une nécessité d’adapter les compétences, qui ont une durée de vie très courte », pose Laure Breton-Kueny, vice-présidente de l’Association nationale des DRH.
Alors que la durée de vie des compétences s’amenuise et que les financements se durcissent, trouver son chemin à travers la formation revêt un caractère de plus en plus complexe.
« On n’a jamais fini d’apprendre parce qu’on n’a jamais fini d’ignorer. » L’aphorisme de Simone de Beauvoir – dans La Force des Choses, récit intime paru en 1963 – épousait le cours de l’existence, et non la simple vie au travail, mais il ne s’en démarquait pas pour autant. Huit ans après, la loi du 16 juillet 1971 – dite loi Delors – a posé les fondements de la formation professionnelle continue. En permettant au salarié de bénéficier, à son initiative, d’un congé de formation rémunéré. Et en invitant les entreprises à participer au financement des actions.
Textes et ajustements se sont succédé, avant un nouveau tournant en 2018 et la loi instituant « la liberté de choisir son avenir professionnel ». La monétisation du compte personnel de formation (CPF) en est issue, la révolution culturelle autour de l’apprentissage aussi.
Oui, on n’a jamais fini d’apprendre. Et encore moins aujourd’hui, serait-on tenté d’ajouter. Parce que les trajectoires professionnelles se réinventent sans cesse, quand elles ne se fragmentent pas. Parce que l’intelligence artificielle se glisse dans les mécaniques de travail et avance plus vite que les mises à jour des tâches.
Certes, tous les secteurs d’activité n’offrent pas la même prise, mais le recul manque pour compter les points, les vainqueurs et les victimes. Un sentiment d’urgence parcourt les entreprises, fébriles à l’idée de se faire doubler par le concurrent déjà IA compatible. Tandis que les salariés eux-mêmes peuvent se sentir fragilisés. En creux, une question : faut-il (se) former pour l’emploi d’aujourd’hui ou celui de demain ?
« Il y a une nécessité d’adapter les compétences, qui ont une durée de vie très courte, pose Laure Breton-Kueny, vice-présidente de l’Association nationale des DRH. Dans des professions à la personne, vous ne pouvez pas être remplacé; mais si l’on parle de cols blancs, on est obligé d’accompagner la montée en connaissances. »
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En parallèle, la DRH du groupe AFNOR s’étonne de « l’absence de fléchage » vers des formations liées à l’IA ou aux métiers en tension, a fortiori dans le cadre de reconversions. « Dans ces deux catégories, les uns et les autres ont des problématiques de recrutement. Nous sommes dans des systèmes globaux, qui ne font pas de distinction entre les typologies de formation. »
Accès et ticket
Derrière l’enjeu de qualité – le label Qualiopi y veille depuis 2022 – et de pertinence des contenus, se dresse la notion d’accessibilité. Et c’est peu dire que les acteurs de l’écosystème s’inquiètent de courants contraires, liés à la réduction des crédits – notamment pour l’apprentissage – et à un cadre resserré. Plus qu’un symbole, le ticket modérateur du CPF, soit la participation forfaitaire des salariés à leur formation, est passé ce mois-ci de 103 à 150 euros.
« C’est une mesure très gênante, qui va à l’encontre de l’équité d’accès à la formation, appuie Claire Kecha, déléguée générale des Acteurs de la compétence, fédération chapeautant les organismes privés de formation. Cela représente un frein pour les employés-ouvriers, alors que 80 % des bénéficiaires du CPF ne sont pas des cadres. »
Dans le même esprit, le plafonnement à 1 500 euros des fonds mobilisables pour les actions inscrites au Répertoire spécifique, comme les (onéreuses) formations IA ou de data analyst, interroge. Le gouvernement y voit un vecteur de responsabilisation des apprenants soumis, en pareil cas, à un reste à charge, même avec un CPF velu. Autrement dit la fin d’un catalogue ouvert à tous les vents d’opportunisme.
À son niveau, Claire Kecha pointe surtout « un vrai risque que ne se développent des formations low cost, de qualité médiocre. » On n’a pas fini d’apprendre… à s’y retrouver.