En politique, seuls les actes comptent. C’est une vérité que l’on rappelle souvent pour se méfier des postures, des effets de communication et des slogans creux. Mais c’est une vérité incomplète. Car en démocratie, les symboles comptent aussi. Ils comptent lorsqu’ils ouvrent des chemins. Ils comptent lorsqu’ils permettent à une génération de se projeter. Ils comptent lorsqu’ils disent à une société ce qu’elle veut être et ce qu’elle refuse de devenir.
À l’heure où même les plus grandes démocraties du monde ont récemment confié leur destin à des dirigeants autoritaires, mégalomanes ou ouvertement misogynes, la France ne peut rester spectatrice.
Le recul des droits des femmes n’est plus une menace théorique. Il est une réalité observable dans de nombreux pays. Les violences faites aux femmes et aux enfants continuent de ravager des vies. Et l’actualité récente nous rappelle sans cesse qu’aucune grande cause ne progresse sans volonté politique ni moyens budgétaires.
Face à cela, nous devons être cohérents. Si nous affirmons que l’égalité entre les femmes et les hommes est l’un des grands combats de notre temps, alors il faut cesser de la cantonner aux discours. Les partis républicains doivent investir davantage de femmes à la tête de leurs listes, porter des programmes résolument ambitieux sur l’égalité réelle, et surtout avoir l’audace de proposer à la France une femme pour exercer la magistrature suprême. Pour la première fois de notre histoire.
Non pas parce qu’elle serait une femme. Mais parce qu’après plus de deux siècles de République, il devient difficile de soutenir que le plus haut sommet de l’État demeure inaccessible à la moitié du pays par le seul effet du hasard.
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Interroger tous ceux qui se réclament du progrès
Le risque, sinon, est connu. Nous pourrions, une nouvelle fois, assister à un second tour opposant une candidate d’extrême droite à un autre représentant des extrêmes, prompt à invoquer la « nouvelle France » mais bien incapable, dans son propre camp, de laisser une femme incarner ce prétendu renouvellement.
Cette perspective devrait interroger tous ceux qui se réclament du progrès. Car les femmes susceptibles de porter une ambition présidentielle existent. Elles sont là. Elles gouvernent, administrent, arbitrent, décident. Elles connaissent les territoires, les institutions, les crises et les responsabilités.
Simplement, elles ne se précipitent pas devant les caméras pour annoncer leur hypothétique candidature. Quelle surprise ! Elles ne s’autoproclament pas candidates à l’Élysée avant même que le débat démocratique n’ait commencé. Elles ne confondent pas l’exercice du pouvoir avec sa conquête permanente. Quelle étrange surprise, là encore. Pourtant, elles sont là. Devant nos yeux.
Les femmes susceptibles de porter une ambition présidentielle existent.
De Christine Lagarde à Najat Vallaud-Belkacem en passant par Carole Delga, Yaël Braun-Pivet ou Élisabeth Borne, les femmes d’État existent déjà. Des personnalités dont personne ne peut sérieusement contester l’expérience, la compétence ou l’engagement en faveur de l’émancipation des femmes.
L’heure est venue. L’heure de démontrer que l’égalité n’est pas seulement une promesse électorale mais une ambition démocratique. L’heure de montrer que la République peut enfin ressembler à toutes celles et tous ceux qu’elle représente. L’heure d’envoyer un message puissant aux millions de femmes qui, chaque jour, dirigent une entreprise, un service public, une association, une famille, sans jamais bénéficier de la même reconnaissance que leurs homologues masculins. Parce que l’égalité ne se proclame pas : elle s’organise. Parce que la République doit être fidèle à sa promesse d’universalité.
Parce que les petites filles de France doivent pouvoir grandir en sachant que rien, absolument rien, ne leur est interdit.
Mesdames, c’est votre moment.
Et à vous, messieurs, qui occupez depuis si longtemps l’essentiel de l’espace politique : pour une fois, le courage ne consiste peut-être pas à avancer. Il consiste à s’effacer.