« La Fabrique du P.R.E. », « Penthésilée », « Chroniques algériennes »... notre sélection scènes de la semaine

À la Ferme du Bonheur, jusqu'au 28 juin. Conférence-causerie à 20 heures. Ouverture des portes à 19 heures.
LTD/La ferme du Bonheur

À la Ferme du Bonheur, jusqu'au 28 juin. Conférence-causerie à 20 heures. Ouverture des portes à 19 heures.
LTD/La ferme du Bonheur
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À deux pas de la fac de Nanterre, une île de verdure et de poésie, la Ferme du Bonheur, invite au dépaysement. À retrouver, à découvrir.
Il suffit de prendre le RER et de descendre à Nanterre-Université. On laisse la fac sur la gauche et on longe un mur dans lequel, un peu plus loin, s’ouvre une porte, croulant sous la verdure. C’est l’entrée de la Ferme du Bonheur, îlot de fraîcheur inattendu au cœur de paysages très urbanisés, à deux pas d’un réseau routier que l’on oublie complètement.
Depuis plusieurs dizaines d’années, Roger des Prés reçoit ici un public de toutes générations. On y a vu de magnifiques spectacles consacrés à Jean Genet, on a pris la route alentour en suivant des moutons, les étudiants ont fait la fête dans une halle à taille humaine.
En ce moment, Roger des Prés présente « La Fabrique du P.R.E. ». « Pré » ici veut dire : « parc rural expérimental ». Une conférence animée au cours de laquelle l’âme des lieux revient sur l’histoire de la Ferme du Bonheur. Grand béret-galette sur la tête, cet homme de théâtre qui a le sens de la beauté et des récits rappelle les étapes de son utopie en marche. Si Roger des Prés a accompli ici un travail très original, il a toujours connu une adversité certaine.
Ainsi les tutelles municipales n’ont-elles jamais vraiment compris l’utilité d’un tel lieu. Peu à peu, le terrain a été grignoté et les animaux ont dû être éloignés. Les seuls à demeurer sont les paons, qui font un tapage d’enfer à la tombée du jour, volant la vedette aux artistes… Le moment que l’on passe à écouter Roger des Prés, entouré de cartes, de plans, de maquettes signés Lee-Ann Bassett et Nathan Renon, d’un très imaginatif jeu de tarot spécialement créé par Marina Ruffin, est merveilleux.
Le seigneur de la ferme a des amis : Patrick Bouchain, architecte et urbaniste, éditeur chez Actes Sud d’un livre sur l’homme et le lieu. Gilles Clément, paysagiste-jardinier, est lui aussi un fervent défenseur de cet espace unique. Beaucoup d’autres… mais la ferme va disparaître, hélas.
Chaque dimanche, l’essentiel de l’actualité économique, politique et sociétale.

Pourtant tout n’est pas perdu. Depuis 2008, Roger des Prés et ses amis ont pris soin, non loin de là, d’un terrain vague de 4,2 hectares. Défriché, planté, soigné, ce lieu sera le nouvel enracinement de la Ferme. Des institutions et associations participent au projet, comme les volontaires. On peut se rendre au Champ de la Garde et travailler entre amis ou en famille. Une promenade idéale pour les beaux jours… Allez, en route !
🎭 La Ferme du Bonheur, 220, avenue de la République, Nanterre (Hauts-de-Seine).
☎️ 01 47 24 51 24.
📅 Jusqu’au 28 juin. Conférence-causerie à 20 heures. Ouverture des portes à 19 heures.
ℹ️ Prix d’entrée : « à discrétion ». Les travaux d’agro-poésie ont lieu tous les dimanches. Rendez-vous à la Ferme à 13 h 30 ; départ pour le Champ de la Garde à 14 heures.
À la Reine Blanche, un double programme donné jusqu’à ce dimanche 14 juin, et repris durant toute la durée du Festival d’Avignon, évoque l’Algérie. D’une part, une adaptation du Premier Homme d’Albert Camus, dans lequel celui dont le père mourut à la guerre de quatorze questionne sa relation à sa terre natale et à la violence qui la déchire alors. D’autre part, un monologue puissant et touchant, écrit et interprété par Jean Alibert, né lui aussi en Algérie, mais d’une autre génération.
Jean-Philippe et Élisabeth Bouchaud signent un texte enrichi notamment d’extraits des Chroniques algériennes. Cela apporte un éclairage fidèle à la pensée de Camus, qui est incarné par Félicien Juttner, au jeu fin et fluide. Le merveilleux M. Germain, l’instituteur décisif dans le destin du futur Prix Nobel de littérature, est le très humain Emmanuel Dechartre. Catherine, la maman illettrée, c’est la noble Élisabeth Bouchaud. Benoit Giros signe une mise en scène grave. Faisant le lien, Jean Alibert est là. Écoutez-le dans Je suis né d’un récit brûlant. Il est bouleversant.
🎭 Théâtre de la Reine Blanche à Paris, ce dimanche à 16 heures et 18 heures, reprise à Avignon du 4 au 22 juillet. Durée : 1 h 15 et 1 h 30.
ℹ️ Informations et réservations sur Théâtre de la Reine Blanche.
L’adaptation et la mise en scène de Penthésilée de Heinrich von Kleist, par l’artiste allemand Michael Thalheimer, saisit d’entrée par une image déchirante. Tout est fini : de dos, nu et sanguinolent, lové dans les bras de la frêle reine des Amazones au visage exténué et pur, Achille est mort, sauvagement déchiqueté. S’appuyant sur la traduction de Julien Gracq, le metteur en scène et Sibylle Baschung réduisent la distribution foisonnante de l’œuvre à trois « personnages ».
Ils introduisent un coryphée en la personne de Clotilde de Bayser, grave narratrice surgissant de l’ombre et y disparaissant, aristocratique et sobre, timbre ferme, se tenant juste à la lisière du plateau en pente imaginé par Henrik Ahr, métamorphosé par les lumières de Stefan Bolliger.
La difficulté pour Sébastien Pouderoux, Achille amoureux, viril et sensible, comme pour Suliane Brahim, Penthésilée délirante de désir, est qu’ils prennent en charge une partie du récit tout en interprétant leurs partitions. Cela demande une attention tendue comme un arc, et le résultat est d’une rare intensité.
🎭 Vieux-Colombier, jusqu’au 10 juillet. Durée : 1 h 35. Tél. : 01 44 58 15 15.
ℹ️ Informations et réservations sur Comédie Française.
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